Neuf · David Lisnard
Ne plus imposer aux agriculteurs plus de normes que l’Europe
En clair
Arrêter d’ajouter des règles françaises aux règles européennes, imposer aux produits importés les normes exigées des agriculteurs français, autoriser les nouvelles techniques génomiques et un usage encadré des pesticides sur base scientifique.
Pourquoi
La France importe 70 % des fruits qu’elle consomme et la moitié de sa viande blanche, et 60 % des exploitations ont disparu en trente ans. Selon le programme, un agriculteur travaille 57 heures par semaine, dont 9 heures de paperasse.
Le contexte
On parle de « surtransposition » quand la France applique une règle européenne de façon plus stricte que ses voisins. Les « clauses miroirs » imposeraient aux produits importés les mêmes règles de production qu’en Europe.
Dans le détail
- 1Un statut unique pour produire, transformer, vendre de l’énergie ou faire du tourisme à la ferme.
- 2Un guichet numérique unique pour les démarches.
- 3Rémunérer les services environnementaux rendus par les agriculteurs et les forestiers.
- 4Gérer l’eau au plus près du terrain, y compris les retenues d’eau quand elles sont justifiées localement.
Ce qui fait débat
Les pesticides et les retenues d’eau (les « bassines ») divisent fortement agriculteurs et associations environnementales.
Sources
Face à ses adversaires
Sur le même sujet, ce que proposent ceux qu’on peut lui opposer dans le jeu. Chaque carte renvoie à sa source.
Raphaël Glucksmann
Mettre les importations aux normes européennes et réduire les pesticides
« Imposer des mesures miroirs aux importations agricoles », « harmoniser les normes en Europe », s’opposer au Mercosur ; mais aussi « réduire massivement les intrants chimiques », interdire glyphosate et néonicotinoïdes, et garantir le revenu par des prix planchers.
Pour Place publique, « notre modèle agricole et alimentaire est à bout de souffle » : il dépend d’engrais fabriqués à partir de gaz russe, de soja importé et « d’un usage déraisonné des pesticides », pendant que les agriculteurs « peinent à vivre dignement de leur travail ».
Différence avec Lisnard
Glucksmann et Lisnard défendent tous deux les clauses miroirs aux frontières. Ensuite, Glucksmann ajoute des interdictions, glyphosate, néonicotinoïdes, et des prix planchers ; Lisnard retire des règles, aucune norme française au-dessus de l’Europe, et autorise ce que la science permet. Quand 60 % des exploitations ont disparu en trente ans, l’urgence est de laisser travailler, pas de légiférer encore.
Le projet ne dit rien des nouvelles techniques génomiques (NGT) ni d’un usage « encadré » des pesticides.
- Projet « Acte I : notre vision pour la France » de Place publique (42 chantiers), co-dirigé par Raphaël Glucksmann : chantier 14 « Soutenir celles et ceux qui nourrissent la France »
- Projet « Acte I : notre vision pour la France » de Place publique (42 chantiers), co-dirigé par Raphaël Glucksmann : chantier 15 « L’eau et les forêts » (pesticides)
- Public Sénat, 3 juin 2024 : agriculture, ce que proposent les principaux candidats aux européennes (liste « Réveiller l’Europe »)
Gabriel Attal
Simplifier les normes agricoles et protéger de la concurrence déloyale
En septembre 2026, Attal promet de « mieux protéger » les agriculteurs « face à la concurrence déloyale », de simplifier les extensions de bâtiments d’élevage, et met en avant la fiscalité du GNR et l’allègement TODE des saisonniers. En 2024, il avait remplacé l’indicateur français des pesticides par l’indicateur européen pour éviter la « surtransposition de normes européennes ».
Il a voté la loi Duplomb de 2025, qui réautorise l’acétamipride, et l’assume : « Si on ne permet plus aux agriculteurs de vivre, on devra importer des produits non vertueux d’autres pays ». Le projet Renaissance refuse les « guerres idéologiques » contre les nouvelles techniques génomiques « demandées par les agriculteurs ».
Différence avec Lisnard
Attal reprend les mots de Lisnard, surtransposition, concurrence déloyale, après avoir dirigé en 2024 le gouvernement qui tenait la plume des normes. Lisnard va au bout de la logique : plus aucune règle française au-dessus des règles européennes, clauses miroirs aux frontières, et un seul statut pour produire, transformer et vendre à la ferme. Le même constat, mais inscrit dans un programme, pas dans une réaction.
- Déplacement aux Terres de Jim (Metz-Magny), site de campagne, 11 septembre 2026
- Public Sénat, 21 juillet 2025 : Attal assume son vote sur la loi Duplomb
- Public Sénat, 21 février 2024 : les nouvelles annonces de Gabriel Attal au monde agricole
- Renaissance, convention « Pour une nouvelle donne économique et climatique », 21 juillet 2025
Jean-Luc Mélenchon
Interdire les pesticides dangereux et bloquer les importations traitées
Durcir plutôt qu’alléger : interdire le glyphosate et les néonicotinoïdes (acétamipride, flupyradifurone) réintroduits par la loi d’urgence agricole de 2026, et bloquer « toutes les importations agricoles traitées avec des produits interdits en France ». Le NFP y ajoutait un prix plancher agricole.
« Si Macron avait tenu parole, le glyphosate devrait être interdit en France depuis 2018 ! », lance Mélenchon, qui lie pesticides, cancers et infertilité. Pour Mathilde Panot, « autoriser des dérogations pour ces pesticides qui empoisonnent les pollinisateurs, c’est perdre du temps ».
Différence avec Lisnard
Mélenchon interdit le glyphosate et les néonicotinoïdes, et bloque les importations traitées. Lisnard retient la seconde idée, les clauses miroirs, et refuse la première : les pesticides se décident sur base scientifique, pas par interdiction française quand l’Europe autorise. On importe déjà 70 % de nos fruits ; interdire ici ce que nos voisins utilisent, c’est importer davantage demain.
- Discours de Jean-Luc Mélenchon à Saint-Denis, 7 juin 2026 (texte intégral sur melenchon.fr)
- LCP, 21 octobre 2026 : la proposition de loi LFI pour interdire l’acétamipride rejetée en commission
- Programme du Nouveau Front populaire (législatives 2024), PDF publié par La France insoumise
Marine Le Pen
Supprimer toutes les surtranspositions de normes pour les agriculteurs
Éliminer toutes les surtranspositions françaises des normes européennes, faciliter le stockage de l’eau et la transmission des exploitations via une révision du pacte Dutreil. Le RN veut aussi contrôler les importations qui ne respectent pas les normes françaises et imposer des clauses miroirs.
Pour Marine Le Pen, « si on ne supprime pas les surtranspositions de normes inutiles qui empêchent les agriculteurs de travailler et renchérissent les prix, alors le prix garanti est signé d’échec ». Elle dénonce dans le Pacte vert européen « une politique de décroissance, de baisse de productivité annoncée de l’agriculture ».
Différence avec Lisnard
Le Pen et Lisnard disent la même chose sur les surtranspositions et les clauses miroirs. Lisnard ajoute ce qui manque au programme du RN : l’autorisation des nouvelles techniques génomiques, un usage des pesticides décidé sur base scientifique, un statut unique et un guichet unique pour la ferme. Supprimer des normes est nécessaire ; donner aux agriculteurs les outils de leurs voisins l’est tout autant.
- AFP (La Gazette France), 9 octobre 2026 : Édouard Philippe tacle le programme agricole du RN présenté au Sommet de l’élevage
- Public Sénat, 28 février 2024 : « Si on ne supprime pas la surtransposition des normes, le prix garanti sera un échec », estime Marine Le Pen
- Programme du Rassemblement national pour les législatives 2024 (PDF officiel)
- Pétition du Rassemblement national « Protégeons nos agriculteurs et notre souveraineté alimentaire ! »
