Dix · David Lisnard
Réserver le statut de fonctionnaire à la police, l’armée et la justice
En clair
Garder le statut de fonctionnaire pour les métiers régaliens (police, justice, armée, diplomatie) et passer progressivement les autres agents publics sous contrat.
Pourquoi
Le statut date de 1946 et Lisnard le juge dépassé. Il affirme qu’en trente-huit ans, la France a créé deux millions de postes de fonctionnaires pendant qu’elle perdait deux millions d’emplois industriels.
« L’État aura enfin un DRH ! »
Le contexte
Aujourd’hui, la plupart des agents titulaires sont protégés par le statut : emploi garanti, carrière et salaire fixés par des grilles nationales.
Dans le détail
- 1Les agents sous contrat pourraient être mieux payés selon leurs résultats, ou sanctionnés.
- 2Les enseignants pourraient choisir entre le statut et un contrat.
- 3Certaines missions seraient confiées au privé, d’autres au contraire reprises par l’administration.
- 4Pas de licenciements annoncés : la baisse des effectifs passerait par le non-remplacement d’une partie des départs.
Ce qui fait débat
Les défenseurs du statut y voient une garantie d’impartialité et de continuité du service public. Lisnard y voit surtout un frein à la bonne gestion des équipes.
Sources
Face à ses adversaires
Sur le même sujet, ce que proposent ceux qu’on peut lui opposer dans le jeu. Chaque carte renvoie à sa source.
Raphaël Glucksmann
Revaloriser les fonctionnaires, indexer le point d’indice sur l’inflation
Pas de remise en cause du statut : Place publique veut « soutenir les fonctionnaires, revaloriser durablement les rémunérations », indexer leur point d’indice sur l’inflation, corriger les écarts de rémunération entre ministères et « recruter là où les besoins sont criants ».
Pour Place publique, il faut « renforcer l’attractivité de la fonction publique » par des parcours lisibles et la promotion interne ; les métiers essentiels, « tous ceux qui soignent, éduquent, protègent », « ne sont pas reconnus à leur juste valeur ».
Différence avec Lisnard
Glucksmann revalorise tous les agents et indexe le point d’indice, sans dire ce que coûte la mesure ni comment on reconnaît mieux le travail de chacun quand la grille est la même pour tous. Lisnard garde le statut là où il protège l’impartialité, police, justice, armée, et passe le reste sous contrat : c’est ce qui permet de mieux payer ceux qui font bien, au lieu d’augmenter tout le monde pareil.
Le projet ne dit rien du statut lui-même ni d’un passage sous contrat ; Glucksmann ne s’est pas exprimé sur ce point dans les débats de 2026 que nous avons lus.
- Projet « Acte I : notre vision pour la France » de Place publique (42 chantiers), co-dirigé par Raphaël Glucksmann : chantier 16 « Pour que le travail paie à nouveau »
- Projet « Acte I : notre vision pour la France » de Place publique (42 chantiers), co-dirigé par Raphaël Glucksmann : chantier 22 « Sauver nos services publics »
Gabriel Attal
Garder le statut mais supprimer 100 000 postes par départs volontaires
Pas de remise en cause du statut de fonctionnaire. Attal vise 100 000 postes en moins dans l’État et les collectivités, par un plan de départs volontaires avec prime et le non-remplacement d’une partie des départs à la retraite, en sanctuarisant l’Éducation nationale, les Armées, la Justice et l’Intérieur.
Selon Attal, « toutes les administrations devront participer à l’effort collectif » de retour à l’équilibre ; Public Sénat chiffre la mesure à 7 milliards d’euros et rappelle qu’en 2022 il jugeait peu crédible une suppression de postes non détaillée.
Différence avec Lisnard
Attal réduit les effectifs sans toucher au statut ; les 100 000 départs volontaires coûtent d’abord des primes, et le statut continue de régler l’avancement et la paie de tous les autres. Lisnard s’attaque à la règle plutôt qu’au nombre : le statut reste là où l’impartialité l’exige, police, justice, armée, et le contrat partout ailleurs permet enfin de payer selon le travail fourni.
Il ne propose pas de réserver le statut aux métiers régaliens ; en 2024, il annonçait un projet de loi avec une part de rémunération au « mérite ».
- Lettre aux Français sur les finances publiques, site de campagne, 15 octobre 2026
- Public Sénat, 3 juillet 2026 : réduction du nombre de fonctionnaires, le virage de Gabriel Attal
- Entretien au Parisien repris sur le site de campagne, 3 juillet 2026 : zéro déficit en 2037
- Public Sénat, 30 janvier 2024 : les annonces du discours de politique générale
Jean-Luc Mélenchon
Garder le statut pour tous les fonctionnaires et dégeler le point d’indice
Conserver le statut général de la fonction publique pour tous les agents, titulariser les contractuels et recruter massivement. Son contre-budget pour 2027 consacre 17 milliards d’euros à la hausse du point d’indice ; le programme du NFP prévoyait +10 % en 2024.
LFI a dénoncé en 2024 la volonté du gouvernement de « lever le tabou du licenciement dans la fonction publique », une « destruction programmée du statut » selon elle. Pour les insoumis, le statut garantit l’égalité d’accès aux emplois publics, la garantie de l’emploi et l’indépendance des agents.
Différence avec Lisnard
Mélenchon garde le statut pour tous, titularise les contractuels et met 17 milliards dans le point d’indice : la même hausse pour chacun, quel que soit le travail fourni. Lisnard garde le statut là où l’indépendance l’exige, police, justice, armée, et passe le reste sous contrat, pour pouvoir mieux payer ceux qui le méritent. Augmenter tout le monde pareil, c’est ne reconnaître personne.
La défense du statut vient du groupe LFI à l’Assemblée (avril 2024) ; la hausse du point d’indice figure dans le contre-budget présenté par Mélenchon en octobre 2026.
- LCP, 14 octobre 2026 : le contre-budget de LFI pour 2027 (106,4 milliards de recettes, 81,7 milliards de dépenses nouvelles)
- Groupe LFI à l’Assemblée, 11 avril 2024 : réponse à Stanislas Guerini sur le statut de la fonction publique
- Programme du Nouveau Front populaire (législatives 2024), PDF publié par La France insoumise
Marine Le PenPas de mesure connue
Pas de remise en cause connue du statut des fonctionnaires
Marine Le Pen ne propose pas de changer le statut de la fonction publique. Elle veut réduire les effectifs publics d’au moins 200 000 postes en cinq ans, en ne remplaçant pas une partie des départs en retraite, et faire appliquer les 35 heures dans la fonction publique territoriale.
Selon elle, la réorganisation de l’État et des collectivités réduira le nombre d’agents nécessaires : « si certains seront réaffectés pour augmenter le service aux usagers, d’autres ne seront pas remplacés lors de leur départ en retraite ».
Différence avec Lisnard
Le Pen supprime 200 000 postes sans toucher au statut : un objectif de nombre, qui laisse intactes les règles qui empêchent de payer un bon agent plus qu’un mauvais. Lisnard réserve le statut aux métiers régaliens, ceux que Le Pen dit vouloir défendre, et passe les autres sous contrat. On ne réforme pas un État en comptant les têtes ; on le réforme en changeant la règle.
Plan du 6 octobre 2026. Ni ce plan ni le programme de 2024 ne proposent de modifier le statut des fonctionnaires ou de recruter sous contrat.
- Acteurs publics, 6 octobre 2026 : la réforme de l’État et des collectivités au cœur des économies du RN
- AFP (Sud Radio), 6 octobre 2026 : Le Pen promet un effort « radical » de 140 milliards net
