Dame · David Lisnard
Interdire d’emprunter pour payer les dépenses courantes de l’État
En clair
Encadrer les déficits par une règle : les dépenses courantes devraient être couvertes par les recettes, et seul l’investissement pourrait être financé par l’emprunt.
Pourquoi
La France n’a pas voté un budget à l’équilibre depuis 1974. Les intérêts de la dette dépassaient 50 milliards d’euros en 2024, plus que le budget de la défense. Lisnard rappelle que les communes appliquent déjà cette règle et ne portent qu’environ 8 % de la dette publique.
« Le roi est nu, parce que le roi est sur-endetté. »
Le contexte
C’est la règle imposée aux collectivités locales : leur budget de fonctionnement doit être équilibré, l’emprunt ne finance que les investissements. Lisnard veut l’étendre à l’État.
Dans le détail
- 1Étape 1 : traquer les doublons et les gaspillages pendant cinq ans.
- 2Étape 2 : équilibrer durablement dépenses et recettes.
- 3Étape 3 : faire baisser la dette, en distinguant ses différentes origines.
- 4Pas de hausse d’impôts pour y arriver : « la dette ne se réduit pas en prélevant davantage ».
- 5Il cite sa gestion de Cannes : 82 millions d’euros de dette en moins et des effectifs réduits de 20 %.
Ce qui fait débat
Une règle d’or réduit la marge de manœuvre en cas de crise, comme une récession ou une pandémie. Ses partisans y voient justement un garde-fou contre les déficits permanents.
Sources
Face à ses adversaires
Sur le même sujet, ce que proposent ceux qu’on peut lui opposer dans le jeu. Chaque carte renvoie à sa source.
Raphaël GlucksmannPas de mesure connue
Pas de règle d’or : une « trajectoire crédible de désendettement »
Aucune règle interdisant l’emprunt pour les dépenses courantes. Place publique promet d’« assainir durablement les finances publiques par une trajectoire crédible de désendettement, pour emprunter à des conditions plus favorables et investir dans l’avenir », et Glucksmann défend un grand emprunt européen.
Pour Place publique, les investissements d’aujourd’hui (prévention en santé, emploi, éducation, transition écologique) « permettront à terme une baisse durable des dépenses de l’État » ; « il ne s’agit pas pour nous de faire toujours plus, mais de faire mieux et d’obtenir plus de résultats ».
Différence avec Lisnard
Glucksmann n’a pas de règle : une « trajectoire crédible » de désendettement, et un grand emprunt européen pour investir. Lisnard fixe la ligne que toutes les communes de France respectent déjà : l’emprunt pour investir, jamais pour les dépenses courantes. Cannes l’applique et a réduit sa dette de 82 millions. La trajectoire se promet ; la règle se constate dans les comptes.
Ni le projet de Place publique ni ses interventions de 2026 que nous avons lues ne proposent de règle d’équilibre des dépenses courantes ; la carte donne sa position la plus proche.
- Projet « Acte I : notre vision pour la France » de Place publique (42 chantiers), co-dirigé par Raphaël Glucksmann : chantier cadre « Retrouver les moyens d’agir, financer nos ambitions »
- LCP, 26 mai 2026 : Glucksmann dévoile les premières lignes de son programme (livre « Nous avons encore envie »)
Gabriel Attal
Inscrire dans la Constitution une double règle d’or budgétaire
Faire voter par référendum une règle d’or « inspirée directement du modèle allemand » : des budgets à l’équilibre d’ici dix ans sauf crise exceptionnelle, et l’interdiction que les dépenses courantes dépassent les dépenses d’avenir. Les ministres qui ne tiennent pas leur enveloppe devraient quitter leurs fonctions.
Pour Attal, la classe politique doit être contrainte au sérieux budgétaire : si la trajectoire dérive trois années de suite sans crise majeure, le gouvernement devrait présenter sa démission. Il veut aussi une loi de programmation économique et fiscale sur dix ans pour donner de la visibilité.
Différence avec Lisnard
Même idée d’une règle d’or, mais Attal la fait voter par référendum et l’assortit d’une sanction politique : des ministres ou un gouvernement qui démissionnent. Lisnard reprend la règle que les communes appliquent déjà, lui compris à Cannes : on n’emprunte que pour investir. Elle se vérifie dans les comptes, pas dans une procédure de démission.
- Lettre aux Français sur les finances publiques, site de campagne, 15 octobre 2026
- Entretien au Parisien repris sur le site de campagne, 3 juillet 2026 : zéro déficit en 2037
- Plan de désendettement et « Messmer II », site de campagne, 23 septembre 2026
Jean-Luc Mélenchon
Refuser toute règle d’or et faire geler la dette par la BCE
Pas de règle d’équilibre : il juge « intenable et ingérable » la règle d’or de Marine Le Pen. Il affirme que la BCE « peut et doit mettre au congélateur les dettes des États », d’abord celles de la période Covid : selon lui, 18 % de la dette française, détenus par la Banque de France pour la BCE.
Pour Mélenchon, cette dette est de « l’argent que nous nous devons à nous-mêmes », puisque la Banque de France appartient à l’État : la geler « ne coûterait rien à personne ». Il rappelle que les pays qui ont annoncé une règle d’or y ont renoncé, et son contre-budget assume un déficit de 5 % du PIB en 2027.
Différence avec Lisnard
Mélenchon refuse toute règle, assume 5 % de déficit et demande à la BCE de geler la dette : une décision qui ne dépend pas de la France. Lisnard applique à l’État la règle que lui-même et tous les maires respectent : l’emprunt finance l’investissement, jamais le fonctionnement. Les intérêts de la dette dépassent déjà le budget des armées ; les geler à Francfort n’est pas une politique, c’est un espoir.
- Blog de Jean-Luc Mélenchon, 15 octobre 2026 : « Tirer les comptes publics de l’ornière libérale »
- Public Sénat, 25 août 2026 : l’annulation partielle de la dette défendue par Mélenchon
- franceinfo, août 2026 : cinq questions sur la proposition de Mélenchon de geler une partie de la dette
- LCP, 14 octobre 2026 : le contre-budget de LFI pour 2027 (106,4 milliards de recettes, 81,7 milliards de dépenses nouvelles)
Marine Le Pen
Inscrire dans la Constitution, par référendum, un plafond de déficit
Soumettre à référendum, dans la première année du mandat, une « règle d’or » inscrite dans la Constitution : un seuil maximal de déficit public à ne pas dépasser et l’obligation de réduire la dette chaque année. Le niveau du plafond n’a pas été précisé.
Marine Le Pen veut contraindre durablement le pouvoir politique à réduire la dette. Elle estime son propre plan d’économies « bien plus exigeant que cette règle d’or », dont le référendum n’est donc pas, selon elle, « une urgence absolument particulière ».
Différence avec Lisnard
Le Pen propose une règle d’or par référendum, avec un plafond de déficit qu’elle n’a pas fixé et un vote qu’elle ne juge pas urgent. Lisnard reprend une règle qui existe déjà et a fait ses preuves : celle des communes, qui ne portent que 8 % de la dette publique. Il l’a appliquée à Cannes. Pas besoin de référendum pour tenir un budget comme un maire.
- Public Sénat, 6 octobre 2026 : 140 milliards d’euros d’économies d’ici 2032, « l’effort radical » de Marine Le Pen
- AFP (La Gazette France), 6 octobre 2026 : 140 milliards d’économies, ce qu’il faut retenir
- AFP (Sud Radio), 6 octobre 2026 : Le Pen promet un effort « radical » de 140 milliards net

