As · David Lisnard
Supprimer les agences régionales de santé (ARS)
En clair
Supprimer les agences régionales de santé et confier leurs missions aux préfets et aux élus locaux. Les maires retrouveraient la présidence des conseils d’administration des hôpitaux.
Pourquoi
87 % du territoire manque de médecins et, selon Lisnard, plus d’un tiers du personnel hospitalier n’est pas soignant. Il considère que la France dépense déjà plus que ses voisins pour la santé et que le problème vient de l’organisation.
« C’est une faillite d’organisation. »
Le contexte
Les ARS ont été créées en 2010 pour piloter la santé dans chaque région : hôpitaux, autorisations, prévention. Elles ont été très critiquées pendant la crise du Covid.
Dans le détail
- 1Les ARS emploient environ 8 800 agents ; il préfère « mieux payer huit mille huit cents soignants ».
- 2Personnel non soignant à l’hôpital : 34 à 35 % en France, contre 24 % en Allemagne, selon ses chiffres.
- 3Un médecin passerait 20 heures par semaine en tâches administratives.
- 4Les communautés médicales locales définiraient elles-mêmes les besoins.
Ce qui fait débat
Sans échelon régional, les écarts entre territoires peuvent se creuser si chaque département s’organise seul. Il faudrait aussi confier ailleurs la veille sanitaire et la gestion des crises.
Sources
Face à ses adversaires
Sur le même sujet, ce que proposent ceux qu’on peut lui opposer dans le jeu. Chaque carte renvoie à sa source.
Raphaël GlucksmannPas de mesure connue
Pas de mesure connue sur les agences régionales de santé
Le sort des ARS n’est pas tranché. Place publique veut « un modèle coopératif de santé piloté localement » : un projet territorial de santé co-construit par les professionnels, les hôpitaux, les élus, les usagers et l’État, et une refonte de la carte sanitaire et de « l’organisation territoriale du système ».
Pour Place publique, le système de santé « est en crise » : urgences saturées, fermetures de services, délais interminables, et plus de la moitié des Français ont déjà renoncé à des soins. Elle incrimine la désorganisation et la « financiarisation de la médecine », et veut sortir de l’objectif annuel de dépenses (ONDAM) pour financer la prévention sur le long terme.
Différence avec Lisnard
Glucksmann veut un pilotage local de la santé, co-construit par les professionnels, les élus, les usagers et l’État, et garde l’agence régionale qui pilote aujourd’hui. Lisnard supprime l’étage : les ARS disparaissent, les maires président de nouveau les hôpitaux, les communautés médicales fixent les besoins. Ajouter une table de concertation n’a jamais retiré un formulaire ; supprimer l’administration qui l’exige, si.
Le projet de Place publique parle de gouvernance locale sans citer les ARS ; Glucksmann ne s’est pas exprimé sur leur suppression.
- Projet « Acte I : notre vision pour la France » de Place publique (42 chantiers), co-dirigé par Raphaël Glucksmann : chantier 23 « Bien soigner, partout ! »
- Place publique, 29 juillet 2026 : franchises médicales, « la facture du déficit aux malades »
Gabriel AttalPas de mesure connue
Pas de mesure connue sur les agences régionales de santé
Rien de connu sur les ARS. Sa réforme de l’État passe par 100 000 postes de fonctionnaires en moins, par départs volontaires et non-remplacement, en préservant l’Éducation, les Armées, la Justice et l’Intérieur, et par un « big bang » territorial qui ferait du maire l’élu le plus puissant de France.
Sur la santé, ses mesures de Premier ministre en 2024 visaient l’accès aux soins plutôt que l’organisation administrative : régularisation des médecins étrangers déjà en France, émissaire chargé d’en recruter à l’étranger, obligation de garde pour certains médecins si le service d’accès aux soins n’était pas déployé, pénalité pour les rendez-vous non honorés.
Différence avec Lisnard
Attal veut faire du maire l’élu le plus puissant de France, et garde les agences régionales qui décident par-dessus lui de son hôpital. Lisnard supprime les ARS, rend la présidence des hôpitaux aux maires et confie la carte des soins aux préfets et aux communautés médicales. Les ARS emploient 8 800 agents ; Lisnard préfère payer 8 800 soignants. Le pouvoir au maire ne se décrète pas, il se libère d’un étage.
Les conventions de Renaissance de 2025, son entretien au Parisien de juillet 2026 et sa déclaration de politique générale de 2024 ne parlent pas des ARS.
- Acteurs publics, 3 juillet 2026 : Attal propose 100 000 fonctionnaires en moins (entretien au Parisien du 2 juillet)
- LCP, 30 janvier 2024 : les principales annonces de la déclaration de politique générale de Gabriel Attal
Jean-Luc MélenchonPas de mesure connue
Pas de suppression des ARS : rouvrir des services publics de santé
Le programme ne propose ni de supprimer ni de réformer les agences régionales de santé. Il veut rouvrir progressivement des urgences, maternités et EHPAD publics à moins de trente minutes de chaque Français, et remplacer l’objectif national de dépenses (ONDAM) par un objectif national de besoins (ONBAM).
Pour Mélenchon, dix budgets macronistes ont mis l’hôpital public en ruine pour ouvrir la voie au privé. Il veut sortir de « la politique du chiffre à l’hôpital », revenir sur les suppressions de lits et recruter : 3 milliards d’euros de plus et au moins 10 000 postes de soignants dès 2027.
Différence avec Lisnard
Mélenchon ajoute des moyens, 3 milliards et 10 000 postes, sans toucher à l’organisation qui les absorbe : plus d’un tiers du personnel hospitalier n’est pas soignant, contre un quart en Allemagne. Lisnard supprime l’étage administratif régional et rend l’hôpital aux médecins et aux maires. La France dépense déjà plus que ses voisins pour la santé ; c’est une faillite d’organisation, et on ne la répare pas en la finançant davantage.
L’édition 2025 du programme, le plan budgétaire d’octobre 2026 et le discours de Saint-Denis ne parlent pas des ARS ; le programme municipal de LFI (janvier 2026) prévoit même une « coopération renforcée » avec elles.
- L’Avenir en commun, édition 2025 (programme pour 2027) : chapitre 15, « Faire passer la santé d’abord et reconstruire les établissements de santé publics »
- Plan « Comment nous allons remettre de l’ordre dans les comptes publics », Mélenchon 2027, octobre 2026
- La France insoumise, 12 janvier 2026 : déserts médicaux, une médecine de proximité gérée par les communes
Marine Le Pen
Supprimer les ARS et rendre la tutelle des hôpitaux aux préfets
Supprimer les agences régionales de santé, confier la tutelle des hôpitaux aux préfets de région et diriger chaque hôpital public par un binôme médecin-directeur. Mesure de 2022 reprise au programme du RN de 2024 ; son contre-budget d’octobre 2026 prévoit de supprimer la quasi-totalité des agences de l’État.
Pour elle, les ARS, censées lutter contre les inégalités d’accès aux soins, « ont échoué » : leur approche administrative et financière a pris le pas sur les questions médicales et a exclu les médecins de la gouvernance des hôpitaux.
Différence avec Lisnard
Même suppression des ARS. Le Pen remonte la tutelle des hôpitaux au préfet de région, un fonctionnaire ; Lisnard la partage avec les élus et rend aux maires la présidence des conseils d’administration, qu’ils ont perdue. Il fixe aussi l’objectif : ramener le personnel non soignant de 35 % vers les 24 % de l’Allemagne. Remplacer une administration par une autre ne libère pas un lit ; rendre l’hôpital aux médecins et aux maires, si.
Le contre-budget du 6 octobre 2026 vise « la quasi-totalité des agences » sans les nommer ; la suppression des ARS figure au programme 2022 puis 2024.
- Marine Le Pen, projet présidentiel 2022 : « M la France » (PDF)
- Rassemblement national, programme des législatives 2024 : « Un projet, une méthode » (PDF)
- Projet de Marine Le Pen 2022 : livret « La santé » (PDF)
- Public Sénat, 6 octobre 2026 : Marine Le Pen présente son contre-budget, 140 milliards d’économies d’ici 2032

