Valet · David Lisnard
Conditionner visas et aides au retour des expulsés dans leur pays
En clair
Revenir sur l’accord franco-algérien de 1968 et utiliser les visas, l’aide au développement et les transferts d’argent comme moyens de pression sur les pays qui refusent de reprendre leurs ressortissants expulsés.
Pourquoi
Sans la coopération des pays d’origine, les expulsions restent sur le papier. Lisnard veut assumer un rapport de force diplomatique.
Le contexte
L’accord de 1968 donne aux Algériens un régime particulier pour venir, s’installer et travailler en France, différent des règles appliquées aux autres étrangers.
Dans le détail
- 1Plus de centres de rétention administrative.
- 2Demandes d’asile traitées dans les consulats.
- 3Accords de retour négociés avec les pays d’origine.
Ce qui fait débat
Ces pressions peuvent tendre les relations diplomatiques et économiques. La réduction des visas décidée en 2021 envers l’Algérie, le Maroc et la Tunisie a été abandonnée au bout d’un an environ.
Sources
Face à ses adversaires
Sur le même sujet, ce que proposent ceux qu’on peut lui opposer dans le jeu. Chaque carte renvoie à sa source.
Raphaël Glucksmann
Négocier avec les pays d’origine : visas circulaires contre réadmission
Passer des accords bilatéraux, français ou européens, avec les pays d’origine, « liant la délivrance de visas multi-entrées pour des mobilités circulaires et la réadmission via des laissez-passer consulaires » en cas de refus de séjour ou d’asile, et appliquer les OQTF prononcées. Rien sur l’accord franco-algérien de 1968 ; l’aide au développement doit au contraire monter à 0,7 % du RNB.
Place publique veut « mettre fin au système de la politique du chiffre sur les OQTF » et appliquer celles qui sont délivrées. Elle préfère « un partenariat entre égaux avec l’Afrique et la Méditerranée » et un renforcement de la loi de développement solidaire, en mobilisant les diasporas « comme levier clé du développement local ».
Différence avec Lisnard
Glucksmann offre des visas supplémentaires contre des laissez-passer et porte l’aide au développement à 0,7 % du revenu national ; Lisnard fait l’inverse : visas, aide et transferts d’argent deviennent des leviers dès qu’un pays refuse ses ressortissants expulsés. Payer davantage pour obtenir le respect d’une obligation déjà due, c’est payer deux fois.
Mesures du projet de Place publique ; Glucksmann n’a pas détaillé lui-même le levier des visas.
- Projet « Acte I : notre vision pour la France » de Place publique (42 chantiers), co-dirigé par Raphaël Glucksmann : chantier 41 « Mieux intégrer les étrangers et garantir l’application du droit »
- Projet « Acte I : notre vision pour la France » de Place publique (42 chantiers), co-dirigé par Raphaël Glucksmann : chantier 42 « Faire de la France le porte-voix de la solidarité entre les peuples »
Gabriel Attal
Dénoncer l’accord franco-algérien de 1968 et lier visas et laissez-passer
Dénoncer l’accord franco-algérien de 1968, réduire les visas accordés aux Algériens et revenir sur l’accord de 2007 sur les passeports diplomatiques. Son parti veut moduler le système d’immigration à points selon que le pays d’origine délivre ou non les laissez-passer consulaires, et négocier des partenariats liant aide au développement, immigration et commerce.
Pour Attal, quand on ne respecte pas la France, on n’en profite pas : l’accord de 1968 serait devenu une filière d’immigration à part entière et rendrait presque impossible le retrait d’un titre de séjour, même pour trouble à l’ordre public. Il veut assumer le rapport de force avec Alger, jusqu’à l’arme commerciale au niveau européen.
Différence avec Lisnard
Mêmes leviers, accord de 1968, visas, aide au développement. Attal remonte une partie du rapport de force à Bruxelles, jusqu’à « l’arme commerciale au niveau européen » ; Lisnard le tient à Paris, avec ce que la France contrôle seule, visas, aide et transferts d’argent. La réduction des visas de 2021 a été abandonnée au bout d’un an : ce qui manquait n’était pas le levier, c’était la durée.
- Renaissance, convention « Une République ferme, une France apaisée » (26 mai 2025) : chapitre Immigration
- Le360, 11 janvier 2025 : les mesures d’urgence de Gabriel Attal (tribune dans Le Figaro du 10 janvier 2025)
Jean-Luc Mélenchon
Faciliter les visas et refuser l’escalade avec l’Algérie
Faciliter l’accès aux visas, renforcer le co-développement « au service des populations ». Pas de levier visas-aide : LFI défend l’accord franco-algérien de 1968, et Mélenchon a réagi en octobre 2025 au vote de la résolution du RN pour le dénoncer : « nous voulons vivre en paix ! »
Pour LFI, l’accord de 1968 « a déjà été complètement vidé de sa substance » et les attaques contre lui alimentent des fantasmes « blessants pour nos deux peuples ». Avec l’Algérie comme avec le reste de l’Afrique, « le renoncement à toute posture de domination néocoloniale est la base de toute relation équilibrée ».
Différence avec Lisnard
Mélenchon facilite les visas et défend l’accord de 1968 ; Lisnard en fait des leviers pour obtenir le retour des expulsés. Vivre en paix avec l’Algérie n’empêche pas de lui demander de reprendre ses ressortissants sous obligation de quitter le territoire : c’est une obligation entre États, et Lisnard veut les moyens de la faire respecter.
La défense de l’accord de 1968 vient d’un communiqué du groupe LFI (janvier 2025) ; le co-développement figure dans le programme du NFP 2024.
- L’Avenir en commun, édition 2025 (programme pour 2027) : chapitre 16, « Pour une politique migratoire humaniste et réaliste »
- Groupe LFI, 13 janvier 2025 : « Non à l’escalade entre la France et l’Algérie ! »
- Jean-Luc Mélenchon, 30 octobre 2025 : « France-Algérie : nous voulons vivre en paix ! » (vidéo, melenchon.fr)
- Programme du Nouveau Front populaire (législatives 2024)
Marine Le Pen
Couper visas et transferts d’argent aux pays qui refusent leurs expulsés
Dénoncer l’accord franco-algérien de 1968 (résolution RN votée le 30 octobre 2025) et, face à tout État qui refuse de reprendre ses ressortissants, bloquer les transferts d’argent et ne plus délivrer « aucun visa » à ses nationaux. Jordan Bardella y ajoute la fin de l’aide au développement à l’Algérie.
Pour Marine Le Pen, aucun dirigeant n’a osé depuis cinquante ans cette fermeté, seule capable de « rétablir l’autorité de la France en matière migratoire ». Face à Alger, le RN veut « fermer à la fois le robinet de l’immigration et le robinet des subventions ».
Différence avec Lisnard
Mêmes leviers, visas, transferts d’argent, accord de 1968. Le Pen les braque sur l’Algérie et coupe « tout visa » ; Lisnard en fait une règle pour tout pays qui refuse ses expulsés, avec des accords de retour négociés et les demandes d’asile traitées dans les consulats. Un rapport de force se gagne en tenant dans la durée, pas en annonçant le maximum le premier jour.
La règle visas et transferts d’argent vient du projet 2022 ; la dénonciation de l’accord de 1968 et l’arrêt de l’aide à l’Algérie sont portés par le RN depuis 2025.
- LCP, 30 octobre 2025 : un texte du RN dénonçant les accords franco-algériens de 1968 adopté à une voix près
- Marine Le Pen, projet présidentiel 2022 : « M la France » (PDF)
- Le Figaro, 24 mars 2025 : Jordan Bardella appelle à des « mesures extrêmement fortes » face à Alger

