Roi · David Lisnard
Supprimer la couverture santé des étrangers en situation irrégulière
En clair
Supprimer l’AME, qui prend en charge les soins des étrangers en situation irrégulière, rétablir le délit de séjour irrégulier et réserver les aides sociales non contributives aux étrangers en situation régulière depuis au moins cinq ans.
Pourquoi
Lisnard veut des aides soumises à conditions plutôt qu’automatiques. Son programme chiffre la suppression de l’AME à environ 700 millions d’euros d’économies, et la condition de cinq ans à 8 milliards par an.
« Nous supprimons l’aide médicale d’État. »
Le contexte
L’AME couvre les soins des étrangers sans titre de séjour présents en France depuis au moins trois mois et aux ressources modestes. Le délit de séjour irrégulier a été supprimé fin 2012.
Dans le détail
- 1Rétablir le délit de séjour irrégulier, qui faciliterait selon lui les éloignements.
- 2Il affirme que 95 % des expulsions décidées n’ont pas lieu.
- 3Expulser systématiquement les étrangers condamnés pour des délits graves.
Ce qui fait débat
Les soignants mettent en avant un enjeu de santé publique : sans soins précoces, des maladies sont traitées plus tard, aux urgences et à un coût plus élevé, et certaines peuvent se transmettre.
Sources
Face à ses adversaires
Sur le même sujet, ce que proposent ceux qu’on peut lui opposer dans le jeu. Chaque carte renvoie à sa source.
Raphaël GlucksmannPas de mesure connue
Pas de position connue sur l’aide médicale d’État
L’AME n’apparaît ni dans le projet de Place publique ni dans ses propositions de 2026. Sur les étrangers en situation irrégulière, il propose de faciliter la régularisation des travailleurs sans papiers, d’ouvrir le droit au travail dès l’enregistrement de la demande d’asile, et d’appliquer réellement les OQTF prononcées en finissant avec « la politique du chiffre ».
Place publique veut des guichets uniques pour les primo-arrivants, « sur le modèle portugais », centralisant « séjour, emploi, santé, éducation, formation ». Glucksmann préfère confier les arbitrages sur l’immigration à une convention citoyenne : « au lieu de fuir le débat migratoire, nous l’assumerons ».
Différence avec Lisnard
Glucksmann n’a pas de position sur l’AME et facilite la régularisation des sans-papiers ; Lisnard supprime l’AME, rétablit le délit de séjour irrégulier et réserve les aides aux cinq ans de séjour régulier, 8 milliards par an. Pour l’un, la présence irrégulière finit par ouvrir des droits ; pour l’autre, c’est le respect de la loi qui les conditionne.
Ni le projet de Place publique ni ses interventions de 2026 ne mentionnent l’AME ; la carte donne sa ligne sur les sans-papiers.
- Projet « Acte I : notre vision pour la France » de Place publique (42 chantiers), co-dirigé par Raphaël Glucksmann : chantier 41 « Mieux intégrer les étrangers et garantir l’application du droit »
- LCP, 26 mai 2026 : les premières lignes de son programme (livre « Nous avons encore envie »)
Gabriel Attal
Réformer l’AME sans la supprimer, selon le rapport Evin-Stefanini
Réformer l’aide médicale d’État en appliquant les recommandations du rapport Evin-Stefanini, et cesser de verser toute prestation sociale à l’expiration du titre de séjour. Comme Premier ministre, Attal avait annoncé en janvier 2024 cette réforme par voie réglementaire, avant l’été.
Attal s’est opposé à la suppression de l’AME réclamée par la droite fin 2023 : il dit écouter les professionnels de santé, pour qui soigner les personnes présentes sur le sol relève de la sécurité sanitaire des Français autant que des valeurs humanistes de la France. Son parti veut en revanche qu’aucune zone grise ne subsiste pour ceux qui restent après l’expiration de leur titre.
Différence avec Lisnard
Attal s’en remet à un rapport pour réformer l’AME, qu’il a refusé de supprimer en 2023, et annonçait la réforme pour l’été 2024 quand il était Premier ministre. Lisnard tranche et chiffre : 700 millions pour l’AME, 8 milliards par an avec la condition de cinq ans de séjour régulier. Il rétablit aussi le délit de séjour irrégulier, sans lequel 95 % des expulsions décidées restent sur le papier.
- Renaissance, convention « Une République ferme, une France apaisée » (26 mai 2025) : chapitre Immigration
- Public Sénat, 31 janvier 2024 : réforme de l’AME, Attal a-t-il trahi la promesse gouvernementale ?
- Public Sénat, 10 janvier 2024 : Gabriel Attal face à la loi immigration
Jean-Luc Mélenchon
Garantir l’aide médicale d’État aux étrangers sans papiers
« Garantir l’accès à l’aide médicale d’État », en finir avec le délit de solidarité, ouvrir des structures d’accueil et d’hébergement en nombre suffisant et un guichet unique. Le programme du NFP de 2024 voulait en plus étendre l’AME à Mayotte.
En 2024, LFI jugeait que remplacer l’AME par une aide d’urgence présentait « un risque sanitaire important » : ne pas soigner les étrangers augmenterait les cas graves et la diffusion de maladies infectieuses, alors que l’AME « ne représente que 0,5 % des dépenses de santé du pays ».
Différence avec Lisnard
Mélenchon garantit l’AME et en finit avec le délit de solidarité ; Lisnard la supprime et rétablit le délit de séjour irrégulier. 0,5 % des dépenses de santé, dit LFI : c’est donc bien le principe qui est en cause, pas le montant. Pour Lisnard, une aide se conditionne au respect de la loi ; sinon la loi sur le séjour n’en est plus une.
L’argument sanitaire et le chiffre de 0,5 % viennent du comparateur de programmes de LFI (juin 2024), en réponse au RN.
- L’Avenir en commun, édition 2025 (programme pour 2027) : chapitre 16, « Pour une politique migratoire humaniste et réaliste »
- La France insoumise, comparateur de programmes des législatives 2024
- Programme du Nouveau Front populaire (législatives 2024)
Marine Le Pen
Supprimer l’AME et réserver les aides sociales aux Français
Mettre fin à l’aide médicale d’État, remplacée par une aide d’urgence vitale limitée aux soins urgents (1,1 milliard d’économies selon son contre-budget d’octobre 2026) ; réserver les allocations familiales aux Français et soumettre le RSA et les autres aides non contributives à cinq ans de travail en France.
Le RN dénonce « ce scandale permanent de l’Aide médicale d’État » qui offre aux clandestins des soins gratuits. Pour Marine Le Pen, l’accès gratuit à tous les soins crée une rupture d’égalité avec les Français qui renoncent à se soigner, et agit comme un appel d’air pour l’immigration illégale.
Différence avec Lisnard
Même suppression de l’AME, même condition de cinq ans pour les aides. Lisnard y ajoute le délit de séjour irrégulier, supprimé en 2012, sans lequel 95 % des expulsions décidées restent sur le papier : l’économie ne vaut que si les personnes concernées quittent le territoire. Il retient 700 millions pour l’AME, là où Le Pen en annonce 1,1 milliard : une économie documentée plutôt qu’espérée.
L’économie de 1,1 milliard vient du contre-budget du 6 octobre 2026 ; la condition de cinq ans de travail figure dans ses 22 mesures de 2022 et au programme 2024.
- Rassemblement national, 2 mai 2026 : discours de Jordan Bardella à la Fête de la Nation
- L’Opinion, 8 octobre 2026 : santé, ce que cachent les promesses d’économies du RN
- Rassemblement national, programme des législatives 2024 : « Un projet, une méthode » (PDF)
- Marine Le Pen, 2022 : « 22 mesures pour 2022 » (PDF)

