La confiance et l’adaptabilité
Où la France cale : pessimisme collectif et défiance
L’essentiel
- Les Français sont satisfaits de leur vie (7,2 sur 10), mais 90 % jugent leur pays en déclin.
- Ce malheur collectif est ancien et en partie culturel. Une croissance lente l’aggrave en rendant la vie sociale à somme nulle.
- Protéger les travailleurs face au changement, plutôt que les emplois, rend la destruction créatrice acceptable.
Où en est la France
Satisfaits pour eux, pessimistes pour le pays. Les Français notent leur vie 7,2 sur 10 en 2024, un niveau quasi stable depuis 2014. En octobre 2025, 90 % jugent pourtant la France en déclin, un record depuis 2014. En 2023, 70 % étaient pessimistes pour la France, mais 61 % optimistes pour leur propre avenir.
Un malheur ancien. L’économiste Claudia Senik montre que les Français se disent moins heureux que ne le prédisent leurs conditions de vie. Vivre en France réduit de 20 % la probabilité de se dire très heureux, et ce depuis les années 1970. Senik y voit une mentalité acquise à l’école.
Un gâteau qui grossit lentement. Le niveau de vie médian progresse d’environ 0,5 % par an depuis 2008. Fin 2025, les perspectives perçues pour la génération suivante touchent un nouveau point bas.
Une protection des emplois plus que des personnes. La France est le pays le plus strict de l’OCDE pour les licenciements collectifs. De la flexicurité, elle a surtout importé la rupture conventionnelle, créée en 2008. Au moins 40 % de ces ruptures sont des démissions converties, qui ouvrent des droits au chômage.
Le graphique
Le Danemark, qui protège les personnes, emploie davantage
Part des personnes en emploi et taux de chômage, en 2025. Pour le chômage, la barre la plus courte est la meilleure.
FranceDanemark
| Ligne | France | Danemark |
|---|---|---|
| 20-64 ansen emploi4,4 points d’écart | France : 75,4 %Danemark : 79,8 % | |
| 55-64 ansen emploi13 points d’écart | France : 61,7 %Danemark : 74,7 % | |
| Chômagetaux de chômage1,3 point de moins au Danemark | France : 7,7 %Danemark : 6,4 % | |
Barres à l’échelle : 100 % = toute la population concernée · Eurostat
Les solutions
Quatre leviers : relancer la croissance, protéger les travailleurs plutôt que les emplois, sortir du piège de la défiance, s’ouvrir aux talents et aux idées.
- Toute l’économieRelancer la croissanceSans gâteau qui grossit, aucune politique de confiance ne tient.
C’est l’objet des six cartes précédentes, de M1 à M6. M1 · Travailler →
- Salariés et chômeursProtéger les travailleurs, pas les emploisSuivre le modèle danois réel : licenciement facile, forte indemnisation des bas salaires et activation obligatoire.
Le comité Nobel juge la flexicurité prometteuse, et Aghion recommande le modèle danois. Selon Andersen et Svarer, les devoirs et l’activation expliquent le succès danois des années 1990.
Ce qui le prouve
Le Danemark combine licenciement facile, forte indemnisation des bas salaires et obligations de recherche d’emploi. En 2025, 79,8 % des Danois de 20 à 64 ans ont un emploi, contre 75,4 % des Français, et 74,7 % des 55-64 ans, contre 61,7 %. Son chômage est aussi plus bas : 6,4 %, contre 7,7 %. - L’État et ses règlesSortir du piège de la défiance par des règles simples et stablesMoins de règles, mais claires, stables et réellement appliquées.
Pour Aghion, Algan, Cahuc et Shleifer, défiance et excès de règles s’entretiennent. Des règles moins nombreuses, claires et réellement appliquées brisent ce cercle.
- Immigrés qualifiésS’ouvrir aux talents et aux idéesOuvrir les portes aux immigrés qualifiés, comme le conseille Mokyr à l’Europe.
Mokyr, lauréat 2025, conseille à l’Europe d’ouvrir ses portes aux immigrés qualifiés.
À retenir
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Tout le texte de la carte, section par section.
Mokyr place l’ouverture au changement parmi les conditions de la croissance. Les sociétés qui progressent savent faire négocier les intérêts et compenser les perdants. Le comité en tire une leçon actuelle : l’État-providence peut rendre la destruction créatrice acceptable, en protégeant les personnes plutôt que les postes. À chômage donné, la rotation des emplois va même de pair avec un bien-être plus élevé.
La confiance compte aussi. Selon Aghion, Algan, Cahuc et Shleifer, la défiance appelle la réglementation, et la réglementation érode la confiance. Un pays peut ainsi rester piégé dans un équilibre de défiance.
La croissance elle-même rendrait les sociétés plus ouvertes et plus tolérantes, selon une thèse historique de Benjamin Friedman en 2005 (non vérifié). Aux États-Unis, une vision du monde à somme nulle va de pair avec plus de soutien à la redistribution et à des politiques migratoires restrictives.
Une défiance politique record. En février 2026, 22 % des Français font confiance à la politique, selon le Centre de recherches politiques de Sciences Po (CEVIPOF).
Le 17 octobre 2026, un symptôme. La journée contre la vie chère a réuni 550 000 manifestants selon le ministère de l’Intérieur. Ses revendications portaient sur le pouvoir d’achat, les services publics et la taxation des plus riches. Ce n’était pas une révolte contre l’assistanat.
Une ouverture incomplète. Selon Aghion, l’Europe produit 25 % des citations scientifiques à l’origine des brevets de rupture, sans les transformer chez elle. Pour la France, il pointe une paperasse jugée excessive par les investisseurs et une culture longtemps hostile à l’échec.
- La croissance lente rend la vie à somme nulle. Depuis 2008, le niveau de vie médian ne progresse que d’environ 0,5 % par an. Quand le gâteau grossit si peu, le gain de l’un ressemble à la perte de l’autre. En 2025, 90 % des Français jugent leur pays en déclin.
- La défiance nourrit la règle, qui nourrit la défiance. Selon Aghion, Algan, Cahuc et Shleifer, là où l’on ne se fait pas confiance, on réglemente. L’excès de règles érode à son tour la confiance. En 2026, seuls 22 % des Français font confiance à la politique.
- La protection porte sur les postes. La France est le pays le plus strict de l’OCDE pour les licenciements collectifs. Quand perdre son emploi fait peur, chacun défend son poste et freine le changement.
- Le risque est mal financé et l’échec stigmatisé. Les actifs des fonds de retraite représentent 32 % du PIB dans l’Union européenne, contre 142 % aux États-Unis, selon le rapport Draghi. Pour Aghion, il n’y a pas d’innovation de rupture sans accepter, voire encourager, l’échec.
Ce qui le prouve. Le Danemark combine licenciement facile, forte indemnisation des bas salaires et obligations de recherche d’emploi. En 2025, 79,8 % des Danois de 20 à 64 ans ont un emploi, contre 75,4 % des Français, et 74,7 % des 55-64 ans, contre 61,7 %. Son chômage est aussi plus bas : 6,4 %, contre 7,7 %.
- Les préalables danois manquent. Le taux de syndicalisation atteint 60,4 % au Danemark, contre 10,1 % en France. La dette danoise est de 27,2 % du PIB, contre 115,7 % en France.
- La flexicurité réelle coûte aux salaires moyens. Au salaire moyen, l’assurance chômage danoise remplace 50 à 59 % du revenu net, contre 68 % en France. Transposer le modèle signifie réduire l’indemnisation des salaires moyens et durcir les devoirs.
- La confiance se construit lentement. Elle ne se décrète pas.
| Constat | Chiffre clé |
|---|---|
| Le pessimisme collectif est record | 90 % jugent la France en déclin en 2025 |
| Le malheur français est ancien | Écart présent depuis les années 1970 |
| La défiance va de pair avec une croissance plus faible | Algan et Cahuc, 2010 |
| Protéger les travailleurs rend le changement acceptable | Position du comité Nobel 2025 |
Cochée d’elle-même en arrivant en bas