lisnard.cardsLe cercle vertueux de la prospérité
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Carte 3 sur 7 · 6 min

Investir dans l’avenir

Où la France cale : l’école passe après la vieillesse

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En part du PIB, la France dépense-t-elle moins que l’Union européenne pour l’enseignement ?

L’essentiel

  • Le cercle des biens communs est réel : les compétences d’une population causent sa croissance.
  • En France, il tourne mal : depuis 2000, la vieillesse gagne 2,8 points de PIB et l’enseignement en perd 0,5.
  • La priorité est de rééquilibrer la dépense du passé vers l’avenir, en commençant par l’école primaire et la qualité des enseignants.

Où en est la France

Une dépense tournée vers le passé. En 2024, la dépense publique de vieillesse atteint 13,4 % du produit intérieur brut (PIB), contre 10,6 % dans l’Union européenne (UE). L’enseignement n’a que 0,4 point d’avance : 5,1 % contre 4,7 %. La tendance parle plus que le niveau. Depuis 2000, la vieillesse gagne 2,8 points de PIB. L’enseignement perd 0,5 point, passant de 5,6 % à 5,1 %. Le rapport entre dépense de vieillesse et d’enseignement passe ainsi de 1,9 à 2,6, contre 2,3 dans l’UE.

Le graphique

L’écart avec l’UE tient surtout à la vieillesse

Dépense publique en % du PIB, France et Union européenne, 2024 (investissement public : 2025). Le problème porte sur la composition de la dépense, pas sur son niveau.

FranceUnion européenne

L’écart avec l’UE tient surtout à la vieillesse
LigneFranceUnion européenne
Vieillessedépense publique, 20242,8 points d’écartFrance : 13,4 %Union européenne : 10,6 %
Enseignementdépense publique, 20240,4 point d’écartFrance : 5,1 %Union européenne : 4,7 %
Investissementdes administrations, 20250,5 point d’écartFrance : 4,4 %Union européenne : 3,9 %

Barres à l’échelle : 15 % du PIB = toute la largeur · écarts calculés par différence · Eurostat

Une école mal répartie. Selon l’OCDE, citée par la presse, la dépense par élève est inférieure d’environ 13 % à la moyenne dans l’élémentaire. Elle est supérieure de 24 % au lycée. Les enseignants du primaire gagnent 26 % de moins que les autres diplômés du supérieur, contre 17 % en moyenne dans l’OCDE.

Des résultats faibles en primaire et en mathématiques. En 2023, l’enquête internationale sur les mathématiques et les sciences (TIMSS) évalue les élèves de cours moyen première année (CM1). Ceux de France obtiennent 484 points en mathématiques, contre 524 dans l’UE. Les élèves de 15 ans reculent aussi. Publiée en septembre 2026, l’enquête PISA 2025 de l’OCDE leur donne 458 points en mathématiques, contre 474 en 2022. La France reste dans la moyenne de l’OCDE (463 points), car la baisse touche presque tous les pays.

Une recherche qui stagne. La dépense de recherche et développement (R&D) atteint 2,18 % du PIB en 2024, comme en 2010. L’Allemagne est à 3,12 %.

Les solutions

La solution consiste à rééquilibrer la dépense du passé vers l’avenir, en quatre gestes.

  1. 1Retraites · seniorsStabiliser la part des retraites dans le PIBC’est la condition pour dégager des marges sans alourdir le prélèvement.

    Les leviers sont ceux de la carte M1 : âge effectif de départ et emploi des seniors. M1 · Travailler →

    Ce qui le prouve

    En 2024, pour chaque euro de dépense publique consacré à l’école, la France en consacre 2,6 à la vieillesse, et le Danemark 1,3. Une partie de l’écart vient de ce que les retraites danoises passent largement par des fonds collectifs, hors budget public : c’est le modèle de la carte M5.
  2. 2Élèves du primairePrioriser le primaireRedéployer vers l’élémentaire une partie de l’avance du lycée, car le retard apparaît dès le CM1.

    Le retard français apparaît dès le CM1, en mathématiques. Redéployer une partie de l’avance du lycée vers l’élémentaire est cohérent avec les données de dépense par élève : environ 13 % de moins que la moyenne dans l’élémentaire, 24 % de plus au lycée.

    Ce qui le prouve

    En France même, le dédoublement des classes en REP+ a réduit de 38 % l’écart en mathématiques en fin de CE1. Ces gains ne sont plus visibles à l’entrée en sixième : investir tôt produit des résultats rapides, à condition de les entretenir ensuite.
  3. 3Les enseignantsMiser sur la qualité des enseignantsMieux les payer, mieux les former et attendre davantage d’eux.

    Ceux du primaire gagnent 26 % de moins que les autres diplômés du supérieur, contre 17 % en moyenne dans l’OCDE. Les meilleurs systèmes offrent au contraire rémunération, qualification et attentes élevées, selon la Banque de France.

  4. 4Chercheurs · jeunes enfantsInvestir dans la recherche et la petite enfanceDes financements de recherche sur dix ans, et un accueil en crèche de qualité.

    Philippe Aghion, l’un des lauréats du Nobel 2025, plaide pour des financements de recherche sur dix ans.

    Ce qui le prouve

    L’accueil en crèche réduit les inégalités de développement, s’il est de qualité.

À retenir

  1. 120 à 40 anspour que l’effet de l’école atteigne le PIB (estimation)Le cercle des biens communs fonctionne : les compétences causent la croissance.1
  2. 22,6 €pour la vieillesse par euro d’école, contre 1,9 € en 2000En France, la dépense publique glisse de l’école vers la vieillesse.2
  3. 3484 pointsen maths au CM1, contre 524 dans l’UE (TIMSS 2023)La priorité logique est le primaire, les mathématiques et la qualité des enseignants, financés par une maîtrise de la dépense de retraite.3

Creuser

Tout le texte de la carte, section par section.

L’idée que l’école rend les générations futures plus productives est solide. Eric Hanushek et Ludger Woessmann établissent un lien causal entre les compétences mesurées par les tests et la croissance. La part d’élèves dotés d’un socle minimal et celle d’élèves très performants comptent chacune.

Le Nobel 2025 précise ce qui compte. Mokyr insiste sur les meilleures compétences et sur l’apprentissage. Aghion insiste sur les « Einstein perdus », ces talents de milieux modestes qui ne deviennent jamais inventeurs. En France, aller en crèche à un an améliore aussi le langage des enfants défavorisés.

Les prestations garanties ont un effet mécanique. Quand une part du gâteau est garantie à certains, ce sont les autres parts qui absorbent les variations. Appliqué aux retraites, ce mécanisme éclaire l’éviction des dépenses d’avenir.

Le Nobel ne dit pas pour autant que plus de dépense produit mécaniquement plus de productivité. Et les effets de l’école mettent vingt à quarante ans à atteindre le PIB (estimation de ce document).

La tendance parle plus que le niveau. Depuis 2000, la vieillesse gagne 2,8 points de PIB et la santé 2,0 points. L’enseignement perd 0,5 point, passant de 5,6 % à 5,1 %. Le rapport entre dépense de vieillesse et d’enseignement passe ainsi de 1,9 à 2,6, contre 2,3 dans l’UE (estimation de ce document). En mai 2026, le gouverneur de la Banque de France a qualifié ces choix de « gérontocratiques ».

Un investissement public qui n’est pas sacrifié. L’investissement des administrations atteint 4,4 % du PIB en 2025, contre 3,9 % dans l’UE. Le problème porte donc sur la composition de la dépense, pas sur son niveau.

Des enfants plus pauvres que les retraités. En 2024, 22,4 % des enfants vivent sous le seuil de pauvreté, contre 10,4 % des retraités. Cela représente 2,9 millions d’enfants, hors outre-mer. Un enfant est pauvre quand son ménage l’est, et le facteur décisif est l’emploi de ses parents.

Situation des parents (2021)Part d’enfants pauvres
Couple, deux emplois4,3 %
Parent seul en emploi21,1 %
Couple, un seul emploi32,0 %
Couple sans emploi70,5 %
Parent seul sans emploi80,2 %

Plus de huit enfants pauvres sur dix vivent avec au plus un adulte en emploi (estimation de ce document, d’après l’Insee). Les familles monoparentales, les familles nombreuses et les parents peu diplômés ou nés à l’étranger y sont surreprésentés. Les prestations réduisent d’un tiers la pauvreté des moins de 20 ans : de 32,6 % à 22,0 % en 2023. Mais ce qui protège le mieux un enfant, c’est que ses deux parents travaillent.

  • Les dépenses de vieillesse gagnent du terrain. De 2000 à 2024, la dépense de vieillesse est passée de 10,6 % à 13,4 % du PIB, celle d’enseignement de 5,6 % à 5,1 %. La France dépense désormais 2,6 euros pour la vieillesse par euro d’enseignement, contre 1,3 au Danemark. Les retraites étant des droits contributifs, chaque point gagné par la vieillesse rend plus difficile d’en ajouter à l’école.
  • Les moyens sont mal répartis. Selon l’OCDE, citée par la presse, la dépense par élève est inférieure d’environ 13 % à la moyenne dans l’élémentaire. Elle est supérieure de 24 % au lycée. Or les retards naissent tôt.
  • Les enseignants sont mal payés. Ceux du primaire gagnent 26 % de moins que les autres diplômés du supérieur, contre 17 % en moyenne dans l’OCDE. Les meilleurs systèmes offrent au contraire rémunération, qualification et attentes élevées, selon la Banque de France.
  • La dépense ne garantit pas le résultat. En éducation prioritaire renforcée (REP+), le dédoublement des classes de cours préparatoire et de cours élémentaire première année (CE1) a d’abord réussi. En fin de CE1, l’écart en mathématiques avec les autres élèves se réduisait de 38 %. Ces gains ne sont plus visibles à l’entrée en sixième, pour un surcoût d’environ 800 millions d’euros (M€) par an.

Ce qui le prouve. Les compétences d’une population causent sa croissance : c’est le résultat d’Eric Hanushek et Ludger Woessmann. En 2024, pour chaque euro de dépense publique consacré à l’école, la France en consacre 2,6 à la vieillesse, et le Danemark 1,3. Une partie de l’écart vient de ce que les retraites danoises passent largement par des fonds collectifs, hors budget public : c’est le modèle du maillon M5. En France même, le dédoublement des classes en REP+ a réduit de 38 % l’écart en mathématiques en fin de CE1 : investir tôt produit des résultats rapides, à condition de les entretenir ensuite.

  • La santé n’est pas une pure dépense du passé. Elle profite aussi aux actifs et aux enfants.
  • Le ratio au PIB exagère un peu. La France n’est que sixième pour la dépense de retraite par habitant, selon le COR.
  • Revaloriser les enseignants coûte cher. Les effets n’apparaîtront qu’à long terme.
ConstatChiffre clé
La dépense glisse vers la vieillesseVieillesse +2,8 points de PIB, enseignement −0,5 depuis 2000
L’élémentaire est sous-financé, le lycée surfinancéPar élève : −13 % en élémentaire, +24 % au lycée
Les élèves de CM1 décrochent en mathsTIMSS : 484 points, contre 524 dans l’UE
Les élèves de 15 ans reculent aussiPISA 2025 : 458 points en maths, contre 474 en 2022
Le dédoublement des classes aide à court termeÉcart en maths réduit de 38 %
La recherche française stagneR&D à 2,18 % du PIB, comme en 2010
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Cochée d’elle-même en arrivant en bas