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Épargne, investissement et retraite

Où la France cale : une épargne abondante mais liquide, peu de capital pour grandir

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Au Danemark, un euro d’avantage fiscal pour l’épargne retraite augmente l’épargne totale de combien ?

L’essentiel

  • Les Français épargnent beaucoup : 17,9 % de leur revenu en 2025. Mais ils placent surtout dans des produits liquides et garantis, livrets et fonds euros. Une fois les placements décomposés, les actions ne pèsent que 19 % de leur patrimoine financier.
  • Les entreprises investissent autant que leurs voisines. Leur faiblesse est ailleurs : peu de machines et de recherche, un investissement qui se traduit mal en productivité, et peu de fonds propres pour celles qui grandissent.
  • Hors transition, la retraite par capitalisation demande moins d’effort aux actifs pour une même pension. Elle rapporte environ 3 % par an hors inflation dans les fonds de pension étrangers, contre 0,8 % pour la répartition chez les Français nés en 2000. Elle diversifie aussi les risques, sans régler la démographie : les pensions restent payées par la production future.
  • Les preuves soutiennent trois mesures. Taxer tous les placements de la même façon, pour que chacun choisisse le plus utile, pas le mieux traité par le fisc. Mettre de côté automatiquement une petite part de chaque salaire pour la retraite, placée sur le long terme, en laissant à chacun le droit de refuser. Et ajouter peu à peu, à côté de la retraite publique, une retraite par capitalisation gérée en commun, comme au Danemark.

Où en est la France

Une épargne abondante mais liquide. Les ménages épargnent 17,9 % de leur revenu disponible en 2025. La Banque de France place ce taux parmi les plus élevés d’Europe. Leur patrimoine financier se répartit en 32 % de dépôts, 33 % d’assurance-vie et 27 % d’actions. Une fois les fonds et les contrats décomposés, les actions n’en font que 19 %. L’épargne réglementée atteint 948 Md€, dont 440 Md€ sur le livret A.

Une garantie qui mène aux obligations. L’assurance-vie reste à 72 % en fonds euros, qui garantissent le capital à tout moment. Pour tenir cette promesse, l’assureur place surtout en obligations sûres : 26 % en obligations publiques, 29 % du secteur financier et 13 % d’entreprises, pour 13 % en actions. Le fonds euros finance donc aussi les entreprises, mais surtout par la dette.

Une fiscalité qui favorise la liquidité et la transmission. Les livrets réglementés sont les seuls placements exonérés à la fois d’impôt sur le revenu et de prélèvements sociaux : un avantage d’environ 4 Md€ en 2025. L’assurance-vie exonère au décès jusqu’à 152 500 € par bénéficiaire. En 2026, la hausse de la CSG a porté à 18,6 % les prélèvements sociaux sur le PEA et le compte-titres, mais laissé l’assurance-vie et l’épargne logement à 17,2 %. L’écart s’est creusé au détriment des actions détenues en direct.

Des entreprises qui investissent autant que leurs voisines, mais pas dans les mêmes choses. En 2024, elles investissent 21,7 % de leur valeur ajoutée, contre 19,2 % en Allemagne et 22,6 % dans l’Union. Mais leur investissement en équipements et en immatériel reste à environ 10 % du PIB, contre 12,8 % aux États-Unis. Il rapporte peu : le rendement brut du capital est de 15,2 %, contre 21,5 % dans l’Union, et la productivité horaire reste près de 5 points sous sa tendance d’avant la crise.

Beaucoup de dette chez les grands groupes, peu de fonds propres pour grandir. La dette brute des entreprises atteint 75,5 % du PIB fin 2025, contre 53,3 % dans la zone euro. Elle se concentre dans les grands groupes, qui se financent déjà à l’étranger : la moitié de la valeur du CAC 40 appartient à des non-résidents. Les fonds propres des sociétés non financières atteignent 85 % du PIB en France, contre 147 % au Danemark. Une épargne plus investie en actions aiderait donc surtout les PME et les entreprises non cotées : c’est notre lecture. M4 · Entreprendre, grandir, devenir champion →

Une répartition presque pure. Les retraites coûtent 422 milliards d’euros en 2025, soit 14,1 % du PIB. La capitalisation ne fournit que 2 % des retraites perçues en 2022, contre 18 % en moyenne dans l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).

Un rendement faible pour les jeunes. Pour un non-cadre du privé, le taux de cotisation passe de 19 % pour la génération 1940 à 28 % pour celle de 2000. Le taux de rendement interne de la génération 2000 serait de 0,8 %. Les fonds de pension étrangers ont rapporté environ 3 % réels par an, avec de forts écarts : 3,3 % au Danemark, 1 % aux États-Unis.

Une retraite publique qui protège bien. En 2022, la pauvreté des 66 ans et plus est de 6,1 % en France et de 5,0 % au Danemark. Elle atteint 16,2 % au Chili et 22,6 % en Australie, deux pays où la retraite publique de base est mince. Au Danemark, la pension publique financée par l’impôt représentait encore environ 70 % des pensions versées en 2021.

Le graphique

Une protection proche du Danemark, un rendement bien plus faible

Rendement par an : la répartition pour la génération 2000 en France, les fonds de pension au Danemark. Pauvreté des 66 ans et plus en 2022.

FranceDanemark

Une protection proche du Danemark, un rendement bien plus faible
LigneFranceDanemark
Rendementpar an2,5 points d’écartFrance : 0,8 %Danemark : 3,3 %
Pauvreté66 ans et plusprocheFrance : 6,1 %Danemark : 5,0 %

Barres à l’échelle : 10 % = barre entière · COR et OCDE

Les solutions

Le principe : taxer de la même façon tous les placements, plutôt que créer de nouvelles aides. Les avantages fiscaux déplacent l’épargne d’un compte à l’autre ; les versements automatiques, eux, changent les comportements.

  1. 1Salariés · épargnantsMettre de côté automatiquement une part du salaire pour la retraite, avec le droit de refuserMettre de côté automatiquement une petite part de chaque salaire pour la retraite, placée sur le long terme. Chacun garde le droit de refuser.

    Le rapport Noyer-Kukies recommande en janvier 2026 une épargne retraite collective à adhésion automatique. Ce qui se passe quand on ne choisit rien décide de presque tout. Le fonds attribué à ceux qui ne choisissent pas, le fonds par défaut, doit donc être diversifié et peu coûteux, avec des frais plafonnés et transparents.

    Ce qui le prouve

    En Suède, ce fonds public bat 87 % des épargnants qui choisissent seuls. Aux États-Unis, l’adhésion automatique augmente fortement la participation aux plans d’épargne retraite, et une large part des salariés garde le placement par défaut.
  2. 2Épargnants · fiscalitéLe même prélèvement pour tous les placementsUn seul taux de prélèvements sociaux pour l’assurance-vie, le PEA, le compte-titres et l’épargne logement.

    Il corrigerait l’écart créé en 2026 au détriment des actions détenues en direct. La Suède a suivi cette logique en 1991, avec un taux unique sur les revenus du capital, pour plus de neutralité.

  3. 3ÉpargnantsUn compte simple, qui remplace au lieu de s’ajouterUn compte d’investissement à l’impôt annuel faible, sur le modèle suédois, qui remplace des enveloppes existantes.

    En Suède, le compte d’épargne en investissements remplace l’impôt sur chaque plus-value par un impôt annuel de 0,888 % de la valeur du compte. Un tel compte doit remplacer des enveloppes existantes, sinon il devient une niche de plus. Il ne doit pas non plus favoriser les espèces : au Royaume-Uni, les versements sur les comptes défiscalisés en espèces ont bondi de 67 % en 2023-2024.

    Ce qui le prouve

    La Suède compte près de quatre millions de ces comptes, et les dépôts n’y pèsent que 12 % du patrimoine financier. C’est une corrélation : la culture actionnariale suédoise est bien plus ancienne.
  4. 4Livrets réglementésRéserver l’avantage des livrets à la précautionGarder l’exonération du livret d’épargne populaire et des petits encours, et la réduire au-delà d’un seuil.

    L’avantage profite aujourd’hui d’abord aux plus gros encours : les 15 % de livrets A au-dessus du plafond concentrent la moitié des sommes.

  5. 5Partenaires sociaux · retraitésAjouter peu à peu, à côté de la retraite publique, une retraite par capitalisation gérée en communLa construire par des accords entre syndicats et employeurs, sur les hausses de salaire, en gardant une retraite publique large et en la protégeant contre toute saisie par l’État.

    Le Danemark l’a construite par les conventions collectives depuis les années 1990, en prélevant sur les hausses de salaire. Les pays où les âgés sont peu pauvres ont tous une retraite publique de base large.

    • Protégée contre toute saisie par l’État. Une gouvernance paritaire et des règles prudentielles s’imposent. La Hongrie a nationalisé ses encours de retraite en 2011.
    • Au service des entreprises. Cette épargne va aussi vers les fonds propres des entreprises, qui en manquent pour grandir. M4 · Entreprendre, grandir, devenir champion →

    Ce qui le prouve

    Le Danemark n’a pas connu de double charge budgétaire, car la capitalisation s’est ajoutée à une pension de base forfaitaire. Le Chili, après une bascule brutale en 1981, a dû réintroduire la solidarité par étapes jusqu’en 2025.

À retenir

  1. 172 %de l’assurance-vie en fonds euros, placés surtout en obligationsLes Français épargnent beaucoup, mais dans des placements liquides et garantis : l’épargne longue qui accepte le risque manque.1
  2. 21 centimed’épargne en plus par euro d’avantage fiscal, au DanemarkTaxer tous les placements de la même façon et mettre de côté automatiquement une part du salaire font plus que des aides fiscales : les aides déplacent l’épargne d’un compte à l’autre, le versement automatique la crée.2
  3. 385 %du PIB en fonds propres des entreprises, contre 147 % au DanemarkLes entreprises investissent assez ; elles investissent mal et manquent de fonds propres pour grandir.3
  4. 43 %réels par an environ en capitalisation, contre 0,8 % en répartitionHors transition, la capitalisation rapporte plus et diversifie les risques. La transition coûte de l’ordre de 20 Md€ par an : il faut la construire progressivement et dire qui paie.4

Creuser

Tout le texte de la carte, section par section.

De l’épargne à l’investissement. Dans le modèle primé par le Nobel, l’épargne des ménages finance la recherche, par le taux d’intérêt, sans obstacle. Dans la réalité, l’épargne ne va pas d’elle-même vers les entreprises qui innovent : elle suit la fiscalité, les garanties offertes et ce qui se passe quand l’épargnant ne choisit rien, l’« option par défaut ». Or l’accès au financement compte surtout pour l’entrée des petites entreprises, et pour la croissance des jeunes entreprises qui réussissent, ont montré Aghion, Fally et Scarpetta sur seize pays. Une jeune entreprise qui innove a besoin de fonds propres, un capital qui accepte de perdre (voir M4).

Les aides déplacent l’épargne, les versements automatiques la créent. Au Danemark, sur 41 millions d’observations, un dollar d’avantage fiscal pour l’épargne retraite n’augmente l’épargne totale que d’environ un cent : il la déplace surtout d’un compte à l’autre. Les versements automatiques, eux, l’augmentent nettement, car 85 % des épargnants sont passifs. Aux États-Unis, l’adhésion automatique augmente fortement la participation aux plans d’épargne retraite, et une large part des salariés garde le placement par défaut.

Deux façons de payer les retraites. Dans la retraite par répartition, les cotisations prélevées sur les salaires des actifs paient, la même année, les pensions des retraités. Dans la retraite par capitalisation, chacun, ou un fonds collectif pour son compte, épargne pendant sa vie active. Cette épargne est placée en actions et en obligations, et c’est elle, avec ses rendements, qui paie la pension. La France a choisi la répartition presque pure ; le Danemark combine une pension de base financée par l’impôt et des fonds collectifs par capitalisation.

Un système par répartition rapporte en moyenne la croissance de l’économie. Un système par capitalisation rapporte le rendement des placements. Mais tous deux dépendent de la production future, rappelle Barr.

La capitalisation aide de deux façons. Elle diversifie, car le risque financier diffère du risque démographique et politique. Elle préfinance, car l’épargne s’accumule avant le choc et peut s’investir dans des pays plus jeunes. En revanche, une transition ne crée pas de gain net pour toutes les générations, ont montré Aaron, Breyer et Sinn. La dette implicite du système existant doit être payée par quelqu’un.

Une prudence en partie rationnelle. En 2025, 41 % des Français refusent tout risque sur leurs placements, contre 52 % en 2017. Seuls 11 % des foyers détiennent des actions cotées en direct, et 13 % répondent juste à trois questions simples de finance. Pour un ménage modeste, un livret sert d’amortisseur : c’est rationnel. Mais les 15 % de livrets A au-dessus du plafond concentrent la moitié des sommes. Cette épargne relève moins de la précaution.

La dette publique : un mécanisme, pas un volume. Les produits garantis achètent naturellement de la dette publique. Mais les assureurs français ne détiennent plus que 9,8 % de la dette négociable de l’État en 2025, contre 39,6 % en 2000 ; les non-résidents en détiennent 55,4 %. Aucune étude ne mesure en France une éviction du crédit aux entreprises : 97 % des PME et des entreprises de taille intermédiaire qui demandent un crédit d’investissement l’obtiennent en totalité ou à plus de 75 %, au printemps 2025. Ce qui manque, ce sont les fonds propres.

Ce qui marche est collectif et par défaut. En Suède, 99 % des nouveaux affiliés acceptaient en 2016 le fonds public par défaut. Seuls 13 % des épargnants qui choisissent eux-mêmes battent ce fonds sur longue période.

  • Une garantie en capital à tout moment. Un produit qui promet de rendre le capital à tout moment ne peut pas placer beaucoup en actions, quelle que soit la règle prudentielle (notre lecture). La réforme européenne des règles des assureurs, applicable en janvier 2027, assouplit un peu le traitement des actions gardées longtemps. Son effet n’est pas mesuré.
  • Une fiscalité qui change selon l’enveloppe. Le même revenu est taxé différemment selon qu’il vient d’un livret, d’une assurance-vie, d’un PEA ou d’un compte-titres (voir « Où en est la France »). L’épargnant choisit l’enveloppe la mieux traitée, pas le placement le plus utile.
  • Des aides ciblées qui restent petites. Le PEA destiné aux PME n’atteint que 3,7 Md€ après onze ans, contre 126,5 Md€ pour le PEA classique. L’épargne retraite a coûté au moins 1,78 Md€ en avantages fiscaux et sociaux en 2022, et profite surtout à des épargnants aisés et âgés.
  • Un PER marginal. Il est facultatif, concentré chez les plus aisés et moins bien traité que l’assurance-vie. Fin 2025, il atteint 150,4 Md€, soit environ 2,3 % du patrimoine financier des ménages. En 2026, la contribution sociale généralisée (CSG) atteint 18,6 % sur le PER, contre 17,2 % sur l’assurance-vie.
  • La double charge. Les pensions en cours doivent être payées pendant que les actifs épargnent pour eux-mêmes. Un pilier fournissant à terme 10 à 15 % des retraites du privé coûterait environ 20 Md€ par an pendant la transition. Le COR identifie trois payeurs possibles : les actifs, les retraités ou l’État.
  • Des marges budgétaires absentes. Pour Fipeco, une capitalisation obligatoire équivaut économiquement à un nouvel impôt. Or la Cour des comptes jugeait déjà nécessaire un effort de 89,6 Md€ pour stabiliser la dette.
  • Aucun projet sur la table. Aucun projet de loi gouvernemental créant un pilier obligatoire n’est connu au 25 octobre 2026.

Ce pilier sert aussi le maillon M4, en orientant l’épargne vers les fonds propres des entreprises.

  • Le coût de transition est certain. Eric Weil estime à environ 20 Md€ par an un pilier fournissant à terme 10 à 15 % des retraites du privé. Bertrand Martinot, favorable à la capitalisation, évoque 3 à 4 points de cotisation en plus pendant 10 à 15 ans. Un point de salaire brut représente environ 11 Md€ par an (estimation de ce document).
  • L’amorçage est discuté. La Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) propose d’utiliser environ 100 Md€ de réserves, une simulation de promoteurs non contre-expertisée.
  • La diversification réduit l’effet national. Pour se protéger du vieillissement, les fonds doivent investir à l’étranger, ce qui limite le financement des entreprises françaises.
  • L’horizon est long. Les gains nets n’apparaissent qu’après trente à quarante ans, selon Weil.
  • Le logement social dépend du livret A. 407 Md€ des livrets réglementés sont centralisés à la Caisse des dépôts, qui avait 243 Md€ de prêts en cours fin 2025, surtout pour le logement social. Réduire l’avantage des livrets renchérirait ce financement.
  • Toucher à l’assurance-vie est explosif. Avec l’épargne retraite, elle pèse 2 154 Md€, et son exclusion de la hausse de CSG de 2026 était un choix délibéré.
  • Alléger l’impôt ne suffit pas. Les dividendes versés aux ménages sont passés d’environ 14 à 23 Md€ par an, en majorité du fait de la réforme de 2018. Mais dans les entreprises les plus exposées, aucun effet n’a été détecté sur l’investissement ni sur les salaires.
ConstatChiffre clé
Les Français épargnent beaucoup17,9 % du revenu disponible en 2025
Mais peu en actions19 % du patrimoine financier, une fois les placements décomposés
Les fonds euros financent surtout par la dette68 % d’obligations, 13 % d’actions
La fiscalité favorise les livrets et l’assurance-viePrélèvements sociaux : 18,6 % sur le PEA, 17,2 % sur l’assurance-vie
Les entreprises investissent autant que leurs voisines21,7 % de leur valeur ajoutée, contre 19,2 % en Allemagne
Cet investissement rapporte peuRendement du capital : 15,2 %, contre 21,5 % dans l’Union
La capitalisation diversifie, sans régler la démographieElle préfinance et peut investir à l’étranger
La capitalisation rapporte plusEnviron 3 % réels, contre 0,8 % de rendement interne
La transition a un coûtEnviron 20 Md€ par an, ou 3 à 4 points de cotisation
Ce qui marche est collectif et automatique99 % des nouveaux affiliés suédois restent au fonds par défaut
Le modèle danois repose sur un socle public largeLe socle public verse 70 % des pensions
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