Un travail qui paie
Où la France cale : un travail lourdement taxé
L’essentiel
- Le travail est lourdement taxé : le coin fiscal atteint 47,2 % en 2025, contre 35,1 % en moyenne dans l’OCDE.
- Entre 1 et 1,6 SMIC, près de 80 % d’une hausse du coût du travail n’atteint pas le revenu d’un salarié célibataire.
- La solution logique : prélever moins sur le travail en dépensant moins en prestations sociales, et refondre ensemble allègements de charges et prime d’activité.
Où en est la France
Un coin fiscal parmi les plus lourds. Il atteint 47,2 % en 2025 pour un célibataire au salaire moyen, au troisième rang de l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE). La moyenne est de 35,1 %.
Le graphique
Ce que paie l’employeur, et ce qu’en reçoit le salarié
Chaque cercle représente tout ce que l’employeur paie chaque mois pour un salarié. CDI à temps plein, non-cadre, entreprise de 20 salariés.
Choisissez un poste, dans la légende ou sur un cercle, pour voir où va l’argent.
Net avant impôt sur le revenu. Barèmes d’octobre 2026 : SMIC à 1 867,02 € brut ; mutuelle de 40 € par mois et taux d’accidents du travail de 2,08 %, valeurs par défaut du simulateur. Calcul : simulateur officiel de l’Urssaf. Répartition de la CSG : Les Comptes de la Sécurité sociale, mai 2026, tableau 4.
Une trappe à bas salaires. Pour compenser un SMIC élevé, l’État concentre les allègements de cotisations autour de ce niveau. Ils atteignent 75,4 milliards d’euros (Md€) en 2024. Ces allègements se retirent quand le salaire monte, en même temps que la prime d’activité baisse. Pour un célibataire sans enfant, le taux marginal effectif avoisine 80 % entre 1 et 1,6 SMIC. Au SMIC exact, l’employeur doit dépenser 404 € pour augmenter de 100 € le revenu disponible du salarié.
Des revenus qui progressent lentement. Depuis 2008, le niveau de vie médian progresse d’environ 0,5 % par an hors inflation. Il a toutefois progressé de 1,0 % en 2023, puis de 1,8 % en 2024. Le salaire net moyen du privé n’a retrouvé qu’en 2024 son niveau réel de 2019.
Un prélèvement qui pèse sur les salaires. La France prélève presque autant que le Danemark. La différence tient à la façon de prélever. Dans les deux pays, ce que les employeurs dépensent pour leurs salariés pèse le même poids : environ 51 % du PIB en 2024. Mais en France, 13,4 points de PIB partent en cotisations patronales avant même la fiche de paie, contre 3,8 au Danemark. Le salaire brut ne pèse donc que 37,9 % du PIB en France, contre 46,8 % au Danemark.
Le graphique
La France prélève presque autant, mais en amont du salaire
En part du PIB, 2024. Ce que les employeurs dépensent pour leurs salariés pèse le même poids dans les deux pays : environ 51 % du PIB (estimation de ce document).
FranceDanemark
| Ligne | France | Danemark |
|---|---|---|
| Prélèvementstotal, selon l’OCDEpresque autant | France : 43,5 %Danemark : 45,2 % | |
| Cotisations patronalesavant la fiche de paieprès de 10 points d’écart | France : 13,4 %Danemark : 3,8 % | |
| Salaire brutprès de 9 points d’écart | France : 37,9 %Danemark : 46,8 % | |
Barres à l’échelle : la barre pleine vaut 50 % du PIB · Eurostat et OCDE
Les solutions
Trois leviers pour que le travail rapporte davantage en net.
- Actifs et retraitésBaisser le prélèvement sur le travail en baissant certaines prestations socialesMoins de prestations sociales, pour moins de prélèvements sur le travail. C’est la seule voie cohérente avec le cercle.
On appelle ces prestations des transferts. La dette ne peut pas financer cette baisse : elle atteint 115,7 % du PIB en 2025. D’autres impôts sur la production pénaliseraient les entreprises. La retraite étant la première de ces prestations, ce levier rejoint les cartes M1 (Travailler) et M3 (Investir dans l’avenir).
Ce qui le prouve
En Suède, une baisse des cotisations patronales sur les jeunes salariés a relevé leur emploi de 2 à 3 points. - Salariés près du SMICRefondre ensemble allègements et prime d’activitéAplatir le taux marginal effectif, pas seulement baisser le coût du travail. Aujourd’hui, ces aides sont pilotées à part et se retirent ensemble.
La réforme de 2026 a étalé la baisse des allègements jusqu’à 3 SMIC, mais selon les experts sans changer substantiellement l’effet désincitatif. La prime d’activité coûte 10,6 Md€ en 2024. Sa sortie doit être calée sur celle des allègements, pour que les deux ne se retirent plus sur la même plage de salaires. Les experts ont simulé deux options. Concentrer la sortie des allègements avant 2 SMIC économiserait environ 6 Md€ et créerait 40 000 emplois. L’étaler davantage coûterait 1,5 Md€ pour un effet quasi nul sur l’emploi.
- Tous les salariésRendre visible le gain du travailFaire progresser le salaire net avec l’effort.
Un salaire net qui progresse avec l’effort répond au premier motif d’insatisfaction : la rémunération, citée par 46 % des salariés en 2022.
À retenir
Creuser
Tout le texte de la carte, section par section.
Chacun décide de travailler, et de travailler davantage, en fonction de ce que cela lui rapporte en net. Quand l’essentiel d’une hausse de salaire disparaît en prélèvements et en aides perdues, l’envie de progresser s’éteint.
Les travaux sur l’innovation vont dans le même sens. Des impôts plus élevés réduisent la quantité d’innovation et déplacent les inventeurs. La leçon porte sur la structure du prélèvement : ménager ce qui produit, taxer plutôt les rentes.
Les bas salaires français montrent aussi un engrenage : une intervention publique en appelle souvent d’autres pour corriger ses effets. Un SMIC élevé a appelé des allègements de charges, puis la prime d’activité, dont les retraits successifs créent la trappe décrite plus bas.
Deux mots pour suivre la suite. Les allègements de charges sont des réductions des cotisations patronales sur les bas salaires : maximales au SMIC, elles diminuent quand le salaire monte. La prime d’activité est une aide versée chaque mois par la Caisse d’allocations familiales (CAF) aux salariés modestes : elle diminue aussi quand leur revenu augmente.
Le taux marginal effectif mesure la part d’une hausse du coût du travail qui n’atteint pas le revenu disponible. Pour un célibataire sans enfant, il avoisine 80 % entre 1 et 1,6 SMIC. Au SMIC exact, l’employeur doit dépenser 404 € pour augmenter de 100 € le revenu disponible du salarié. Ce calcul vaut aux règles d’avril 2025.
Une désaffection tirée par la paie. La rémunération arrive en tête des motifs d’insatisfaction au travail, citée par 46 % des salariés en 2022. Selon le Centre pour la recherche économique et ses applications (Cepremap), la satisfaction au travail décroche en juin 2025.
La trappe naît d’une chaîne de décisions. Un SMIC élevé et une protection sociale financée par les salaires rendent le travail peu qualifié cher. L’État a compensé par des allègements concentrés au SMIC, puis par la prime d’activité. Les deux se retirent ensemble quand le salaire monte. Cet empilement associe la gauche et la droite : 35 heures, allègements Aubry et Fillon, crédit d’impôt pour la compétitivité et l’emploi (CICE).
Le fond du problème est budgétaire. En 2024, la protection sociale verse 932,5 Md€ de prestations, soit 31,9 % du PIB, contre 27,3 % en moyenne dans l’Union européenne. La vieillesse et la santé en absorbent plus de 80 %.
| Prestations sociales en 2024 | Montant | Part du total |
|---|---|---|
| Vieillesse et survie | 426,7 Md€ | 46 % |
| ↳ Pensions de retraite des régimes publics | 352,2 Md€ | 38 % |
| ↳ Pensions de réversion | 40,9 Md€ | 4,4 % |
| ↳ Dépendance des personnes âgées (APA, aide à l’hébergement) | 11,2 Md€ | 1,2 % |
| ↳ Minimum vieillesse | 4,9 Md€ | 0,5 % |
| ↳ Autres (retraites supplémentaires, régimes d’employeurs…) | 17,5 Md€ | 1,9 % |
| Santé | 338,9 Md€ | 36 % |
| ↳ Hôpital public | 90,9 Md€ | 9,7 % |
| ↳ Invalidité et handicap, dont AAH (13,8 Md€) | 53,8 Md€ | 5,8 % |
| ↳ Soins de ville | 45,3 Md€ | 4,9 % |
| ↳ Médicaments en ville | 29,5 Md€ | 3,2 % |
| ↳ Remboursements des complémentaires santé | 20,1 Md€ | 2,2 % |
| ↳ Cliniques privées | 19,3 Md€ | 2,1 % |
| ↳ Indemnités journalières maladie | 16,8 Md€ | 1,8 % |
| ↳ Établissements pour personnes âgées | 16,2 Md€ | 1,7 % |
| ↳ Accidents du travail et maladies professionnelles | 7,2 Md€ | 0,8 % |
| ↳ Autres (dispositifs médicaux, transports, maintien de salaire…) | 39,8 Md€ | 4,3 % |
| Famille | 65,8 Md€ | 7,1 % |
| ↳ Garde d’enfants (crèches, aides à la garde) | 17,8 Md€ | 1,9 % |
| ↳ Allocations familiales | 13,8 Md€ | 1,5 % |
| ↳ Aide sociale à l’enfance | 11,1 Md€ | 1,2 % |
| ↳ Autres aides aux familles (Paje, complément familial, soutien familial) | 8,9 Md€ | 1,0 % |
| ↳ Maternité (indemnités, prime de naissance) | 4,5 Md€ | 0,5 % |
| ↳ Scolarité (allocation de rentrée…) | 3,5 Md€ | 0,4 % |
| ↳ Compléments versés par les employeurs | 6,2 Md€ | 0,7 % |
| Emploi et chômage | 51,1 Md€ | 5,5 % |
| ↳ Allocation chômage (ARE) | 32,9 Md€ | 3,5 % |
| ↳ Autres prestations chômage (ASS, ASP…) | 12,7 Md€ | 1,4 % |
| ↳ Insertion et formation des demandeurs d’emploi | 5,6 Md€ | 0,6 % |
| Pauvreté et exclusion | 34,0 Md€ | 3,6 % |
| ↳ RSA | 12,0 Md€ | 1,3 % |
| ↳ Prime d’activité, versée à des personnes qui travaillent | 10,6 Md€ | 1,1 % |
| ↳ Hébergement et action sociale des associations | 4,5 Md€ | 0,5 % |
| ↳ Bourses de l’enseignement supérieur | 2,6 Md€ | 0,3 % |
| ↳ Action sociale des communes | 2,5 Md€ | 0,3 % |
| ↳ Autres (chèque énergie…) | 1,8 Md€ | 0,2 % |
| Logement | 16,1 Md€ | 1,7 % |
| ↳ Aide personnalisée au logement (APL) | 7,1 Md€ | 0,8 % |
| ↳ Allocation de logement sociale (ALS) | 5,5 Md€ | 0,6 % |
| ↳ Allocation de logement familiale (ALF) | 3,3 Md€ | 0,4 % |
| Total | 932,5 Md€ | 100 % |
Source : Drees, La protection sociale en France et en Europe en 2024. Les lignes « Autres » et les parts sont des estimations de ce document, par différence.
Ces dépenses reposent d’abord sur le travail. Les cotisations sociales en financent 55,6 %, soit 554,4 Md€, et les impôts affectés, dont la CSG, 30 %. Une base d’actifs étroite porte donc un prélèvement lourd : le maillon M2 est le miroir du maillon M1.
Ce qui le prouve. Le Danemark finance une protection sociale généreuse par l’impôt plutôt que par le salaire. Ses employeurs versent 3,8 points de PIB de cotisations, contre 13,4 en France, et le salaire brut y pèse 46,8 % du PIB, contre 37,9 %. En Suède, une baisse des cotisations patronales sur les jeunes salariés a relevé leur emploi de 2 à 3 points. Moins prélever sur le travail, c’est le rendre plus recherché.
- Le risque pour l’emploi peu qualifié. Baisser les allègements renchérit le travail au SMIC. La refonte doit lisser la pente, pas relever le niveau.
- Le bon profil reste à choisir. Selon la pente retenue, les simulations des experts vont d’un effet nul à 40 000 emplois. L’effort doit donc se concentrer là où la trappe est la plus forte, entre 1 et 1,6 SMIC.
- Des cotisations qui ouvrent des droits. Une partie du prélèvement finance des retraites et du chômage futurs : ce n’est pas un impôt sans contrepartie.
- Des économies qui touchent les retraités. Selon la Fondation pour la recherche sur les administrations et les politiques publiques (IFRAP), une désindexation d’environ 6 Md€ est prévue en 2027. Elle sert à financer la défense.
- Aucune marge pour des baisses non financées. Stabiliser la dette exige déjà plus de 100 Md€ d’effort, selon le site spécialisé Fipeco.
| Constat | Chiffre clé |
|---|---|
| Le travail est très taxé | Coin fiscal de 47,2 %, contre 35,1 % dans l’OCDE |
| Une hausse de salaire au SMIC rapporte peu | 404 € de coût pour 100 € de revenu en plus |
| Le niveau de vie progresse lentement | Niveau de vie médian : +0,5 % par an depuis 2008 |
| L’insatisfaction au travail porte d’abord sur la paie | Paie en tête des motifs d’insatisfaction |
Cochée d’elle-même en arrivant en bas