Épargner et investir
Où la France cale : une retraite presque sans capitalisation
L’essentiel
- La capitalisation ne règle pas la démographie, mais elle diversifie les risques et rapporte plus : environ 3 % réels contre 0,8 %.
- La transition coûte cher : de l’ordre de 20 Md€ par an, ou 3 à 4 points de cotisation pendant 10 à 15 ans.
- La voie logique : un pilier collectif à adhésion automatique, avec fonds par défaut, construit progressivement sur un socle public solide.
Où en est la France
Une répartition presque pure. Les retraites coûtent 422 milliards d’euros en 2025, soit 14,1 % du PIB. La capitalisation ne fournit que 2 % des retraites perçues en 2022, contre 18 % en moyenne dans l’Organisation de coopération et de développement économiques (OCDE).
Un rendement faible pour les jeunes. Pour un non-cadre du privé, le taux de cotisation passe de 19 % pour la génération 1940 à 28 % pour celle de 2000. Le taux de rendement interne de la génération 2000 serait de 0,8 %. Les fonds de pension étrangers ont rapporté environ 3 % réels par an, avec de forts écarts : 3,3 % au Danemark, 1 % aux États-Unis.
Un socle public qui protège bien. En 2022, la pauvreté des 66 ans et plus est de 6,1 % en France et de 5,0 % au Danemark. Elle atteint 16,2 % au Chili et 22,6 % en Australie, deux pays au socle public mince. Au Danemark, la pension publique financée par l’impôt représentait encore environ 70 % des pensions versées en 2021.
Le graphique
Une protection proche du Danemark, un rendement bien plus faible
Rendement par an : la répartition pour la génération 2000 en France, les fonds de pension au Danemark. Pauvreté des 66 ans et plus en 2022.
FranceDanemark
| Ligne | France | Danemark |
|---|---|---|
| Rendementpar an2,5 points d’écart | France : 0,8 %Danemark : 3,3 % | |
| Pauvreté66 ans et plusproche | France : 6,1 %Danemark : 5,0 % | |
Barres à l’échelle : 10 % = barre entière · COR et OCDE
Ce qui marche est collectif et par défaut. En Suède, 99 % des nouveaux affiliés acceptaient en 2016 le fonds public par défaut. Seuls 13 % des épargnants qui choisissent eux-mêmes battent ce fonds sur longue période.
Les solutions
Pour un pilier par capitalisation, la voie logique tient en cinq conditions. Ce pilier sert aussi la carte M4, Entreprendre et grandir, en orientant l’épargne vers les fonds propres des entreprises.
- SalariésCollectif et automatiqueUne épargne retraite collective à adhésion automatique. L’option par défaut décide de presque tout.
Le rapport Noyer-Kukies recommande en janvier 2026 une épargne retraite collective à adhésion automatique.
Ce qui le prouve
Les données suédoises et américaines montrent que l’option par défaut décide de presque tout. Aux États-Unis, l’adhésion automatique augmente fortement la participation aux plans d’épargne retraite, et une large part des salariés garde le placement par défaut. - ÉpargnantsUn fonds par défaut à bas coûtUn fonds public pour ceux qui ne choisissent pas, avec des frais bas.
Les frais doivent être plafonnés et transparents.
Ce qui le prouve
Le fonds public suédois bat 87 % des épargnants qui choisissent seuls. - Partenaires sociauxConstruit progressivementBâtir le pilier peu à peu, par les conventions collectives et sur les hausses de salaire.
Le Danemark a bâti son pilier par les conventions collectives depuis les années 1990, en prélevant sur les hausses de salaire.
Ce qui le prouve
Le Danemark n’a pas connu de double charge budgétaire, car la capitalisation s’est ajoutée à un socle forfaitaire. - Retraités modestesSur un socle public solideGarder un socle public large sous le pilier par capitalisation.
Les pays où les âgés sont peu pauvres ont tous un socle public large.
Ce qui le prouve
Le Chili, après une bascule brutale en 1981, a dû réintroduire la solidarité par étapes jusqu’en 2025. - Gestion des fondsProtégé des ponctionsUne gouvernance paritaire et des règles prudentielles, pour mettre l’épargne à l’abri.
Une gouvernance paritaire et des règles prudentielles s’imposent. La Hongrie a nationalisé ses encours de retraite en 2011.
À retenir
Creuser
Tout le texte de la carte, section par section.
Deux façons de payer les retraites. Dans la retraite par répartition, les cotisations prélevées sur les salaires des actifs paient, la même année, les pensions des retraités. Dans la retraite par capitalisation, chacun, ou un fonds collectif pour son compte, épargne pendant sa vie active. Cette épargne est placée en actions et en obligations, et c’est elle, avec ses rendements, qui paie la pension. La France a choisi la répartition presque pure ; le Danemark combine une pension de base financée par l’impôt et des fonds collectifs par capitalisation.
Un système par répartition rapporte en moyenne la croissance de l’économie. Un système par capitalisation rapporte le rendement des placements. Mais tous deux dépendent de la production future, rappelle Barr.
La capitalisation aide de deux façons. Elle diversifie, car le risque financier diffère du risque démographique et politique. Elle préfinance, car l’épargne s’accumule avant le choc et peut s’investir dans des pays plus jeunes. En revanche, une transition ne crée pas de gain net pour toutes les générations, ont montré Aaron, Breyer et Sinn. La dette implicite du système existant doit être payée par quelqu’un.
L’économie comportementale contredit l’idée d’une responsabilisation spontanée. Aux États-Unis, l’adhésion automatique augmente fortement la participation aux plans d’épargne retraite, et une large part des salariés garde le placement par défaut.
Une épargne abondante mais liquide. En regardant à travers les supports, les actions ne pèsent que 19 % du patrimoine financier des ménages. Le plan d’épargne retraite (PER) atteint 150,4 Md€ fin 2025. C’est environ 2,3 % du patrimoine financier des ménages (estimation de ce document).
Des entreprises peu dotées en fonds propres. Les fonds propres des sociétés non financières atteignent 85 % du PIB en France en 2025, contre 147 % au Danemark. La Banque de France attribue cet écart en particulier aux fonds de pension nationaux.
- La double charge. Les pensions en cours doivent être payées pendant que les actifs épargnent pour eux-mêmes. Un pilier fournissant à terme 10 à 15 % des retraites du privé coûterait environ 20 Md€ par an pendant la transition. Le COR identifie trois payeurs possibles : les actifs, les retraités ou l’État.
- Un PER marginal. Il est facultatif, concentré chez les plus aisés et moins bien traité que l’assurance-vie. Fin 2025, il atteint 150,4 Md€, soit environ 2,3 % du patrimoine financier des ménages. En 2026, la contribution sociale généralisée (CSG) atteint 18,6 % sur le PER, contre 17,2 % sur l’assurance-vie.
- Des marges budgétaires absentes. Pour Fipeco, une capitalisation obligatoire équivaut économiquement à un nouvel impôt. Or la Cour des comptes jugeait déjà nécessaire un effort de 89,6 Md€ pour stabiliser la dette.
- Aucun projet sur la table. Aucun projet de loi gouvernemental créant un pilier obligatoire n’est connu au 25 octobre 2026.
Ce pilier sert aussi le maillon M4, en orientant l’épargne vers les fonds propres des entreprises.
- Le coût de transition est certain. Eric Weil estime à environ 20 Md€ par an un pilier fournissant à terme 10 à 15 % des retraites du privé. Bertrand Martinot, favorable à la capitalisation, évoque 3 à 4 points de cotisation en plus pendant 10 à 15 ans. Un point de salaire brut représente environ 11 Md€ par an (estimation de ce document).
- L’amorçage est discuté. La Fondation pour l’innovation politique (Fondapol) propose d’utiliser environ 100 Md€ de réserves, une simulation de promoteurs non contre-expertisée.
- La diversification réduit l’effet national. Pour se protéger du vieillissement, les fonds doivent investir à l’étranger, ce qui limite le financement des entreprises françaises.
- L’horizon est long. Les gains nets n’apparaissent qu’après trente à quarante ans, selon Weil.
| Constat | Chiffre clé |
|---|---|
| La capitalisation diversifie, sans régler la démographie | Elle préfinance et peut investir à l’étranger |
| La capitalisation rapporte plus | Environ 3 % réels, contre 0,8 % de rendement interne |
| La transition a un coût | Environ 20 Md€ par an, ou 3 à 4 points de cotisation |
| Ce qui marche est collectif et automatique | 99 % des nouveaux affiliés suédois restent au fonds par défaut |
| Le modèle danois repose sur un socle public large | Le socle public verse 70 % des pensions |
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